Lettre à Marsha P. Johnson (1945-1992)

par | Avr 30, 2018 | Breaking news pour l'outre tombe | 0 commentaires

Lettre à Marsha P. Johnson (1945-1992), femme transgenre américaine, dragqueen et travailleuse du sexe, militante du mouvement LGBTQ+.


 

Chère Marsh-rapide (krkrkr),

 
Égérie des émeutes de Stonewall en 1969, tu sais les dégâts que la haine peut causer. Et ben ça, en presque 50 ans, ça n’a pas bougé d’un poil.
 
T’as du entendre parler de l’attentat de Toronto, le 23 avril dernier. Tu sais, le mec qui a foncé sur des gens avec un van, tuant d’un coup 10 personnes. Terroriste islamiste ? Suprémaciste blanc ? Non non, masculiniste.
 
Eh oui, Alek Minassian fait partie de la communauté des « Incels », comprendre « Involuntary celibates », aka « célibataires involontaires ». Ces bonhommes se décrivent comme des « mâles beta » et accusent les femmes de leur « refuser leur droit d’avoir des relations sexuelles ». Et ça, c’est de la faute de la « société féministe » dans laquelle on vit.
 
Euh, on peut m’indiquer le chemin pour aller à cette « société féministe » svp ?
 
Ça parait ridicule, hein Marsh-à-pieds ? Le truc, c’est que le groupe Incel sur Reddit compte plus de 40 000 membres. Et selon eux, la meilleure manière d’avoir des relations sexuelles, c’est de violer des meufs. Logique imparable donc. Mais comme on l’a vu le 23 avril, des fois, ça va plus loin : sur les 10 personnes tuées, 8 étaient des femmes. On appelle ça un féminicide, pas un fait divers.
 
Et comme d’habitude (attentat de polytechnique à Montréal, Elliot Rodger en Californie), on va dire qu’Alek Minassian en fait il est un peu zinzin, ça tourne pas rond là haut – alors c’est une exception- . C’est l’alibi de la folie. Comme ça, on ne s’occupe pas des causes profondes, et de tous ces mecs qui violent, battent, tuent des femmes. On ne prend pas au sérieux ces discours misogynes et antiféministes, et on les laisse se propager.
 
Pourtant il faut s’en occuper. Parce que ces discours et attitudes sont partout. Ah oui oui, partout. T’as jamais entendu « Non mais je prends mon courage à deux mains pour aller lui parler, elle pourrait me dire oui merde » ou « putain je me suis fait friendzoné alors que je l’avais travaillée, elle sait pas ce qu’elle veut » ?
 
Petite métaphore d’un de mes copains pour comprendre le truc : Pomme et Poire sont attirés par la même fille. Pomme, c’est l’essence du « vrai mec » (ndlr voir Lettre à Louise Michel), alors que Poire va opter pour la stratégie du « copain », donc être gentil, attentionné blablabla. À la fin, la fille va choisir Pomme, et Poire est super vénère parce qu’il a fait plein d’efforts et tout. Il se dit que les filles choisissent toujours les mecs comme Pomme, elles sont ingrates.
 
Ça, Marsh-avril-mai, c’est la question du « dû ». Les garçons font tellement d’efforts pour séduire les filles que forcément, elles leur doivent quelque chose.

Attention, information révolutionnaire : les filles font ce qu’elles veulent, point. Y’a pas de règles tacites, de contrat sous-entendu, de calcul ou j’sais pas quoi. On fait ce qu’on veut avec nos corps.

 
Margaret Atwood, l’autrice de The Handmaid’s Tale, a dit « Les hommes ont peur que les femmes se moquent d’eux. Les femmes ont peur que les hommes les tuent ». Alors la « société féministe », on en est bien loin.
 

Longue vie au choix bordel !

 
Texte de Clémentine Biard
Illustration de Gaëlle Loth

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