Video Killed the Radio Star – JULIA CHAPOT – 11′

by | Apr 3, 2018 | Le very short ciné-club de Cacti | 0 comments

Chez Cacti, on adore le cinéma, surtout quand il est court et intense, alors toutes les semaines on a choisi de vous présenter un court-métrage de quelques minutes, à regarder n’importe où, n’importe quand, et dans n’importe quelle position.

Cette semaine on vous présente le travail de notre copine réalisatrice Julia Chapot, on a parlés de son deuxième court-métrage Video Killed the Radio Star, et on a même eu la chance de l’interviwer ! Mais d’abord petite lecture de son passeport avant de vous en parler.

Deuxième prix au festival Les court décollent 2016, 

Prix du meilleur film étudiant audiovisuel et meilleure image au festival LYF 2016, 

Grand Prix du jury au festival CLAC 2017, 

Projeté en première partie du spectacle « Le Rocky Horror Cabaret Show » des Pompons Flingueurs à la Boîte à Gants en décembre 2016

Projeté en première partie de “Hustler White” de Bruce Labruce au festival Interieur Queer édition 2017 au Sucre 

Projeté  en première partie du long-métrage “Les garçons sauvages” de Bertrand Mandico au festival d’Annonay édition 2018

 

Synopsis 

 Lors d’une soirée, Freddie, jeune homme au look androgyne ne supporte plus d’être rejeté par son entourage. Il va alors s’évader grâce à la télévision.

mot de passe pour les agents secret : freddieglitter80

 

 

Quelle a été l’impulsion première qui t’a poussé à faire VKTRS ?
A la base j’étais dans une période où j’étais très inspirée par les films « Stand By Me » de Rob Reiner et « My Own Private Idaho » de Gus Van Sant avec le superbe et parti trop tôt River Phoenix. Je souhaitais raconter une histoire d’amitié forte entre deux adolescents qui se déroulerait dans la campagne. C’était dénué de paillettes à l’origine, c’était plus dans la forêt, la boue et les champs.
Puis j’ai eu cette image de deux garçons se ressemblant beaucoup en train de s’embrasser qui m’est venue à l’esprit. Je voyais ça comme une métaphore de l’acceptation de soi, le fait de lâcher prise et d’embrasser cette partie de soi-même que l’on rejette, potentiellement à cause du regard des autres. C’est ce que je voulais raconter et faire ressentir au spectateur, apprendre à s’aimer entièrement.
En écoutant « Tainted Love » lors d’une cession montage et en repensant à un documentaire sur Bowie que j’avais vu quelques temps auparavant je me suis dit que ce serait génial d’ancrer ça dans un univers glam rock, avec un personnage principal au look androgyne. J’ai donc fait appel aux références que mes parents m’avaient transmise, Bowie, Queen, etc… j’ai mangé du Rockie Horror Picture Show au petit déjeuner, du Velvet Goldmine au déjeuner et du Mysterious Skin au dîner, et tout ça sans faire d’indigestion ! C’était aussi l’occasion de parler des années 60-70-80 que j’affectionne beaucoup esthétiquement, et de l’arrivée de la télévision, d’où le titre du film référence à la fameuse chanson…

Comment est-ce que tu construis tes personnages, tes histoires, et tes univers qui sont souvent esthétiquement très marqués et très référencés ?
Ça part souvent d’une image soit qui me vient à l’esprit, soit d’une image ou d’une vidéo sur laquelle je tombe sur internet (instagram, pinterest, tumblr, youtube). Cette image va alors être la base de tout, et mon premier moyen de connexion avec le personnage central de l’histoire. Il existe déjà mais il faut que j’apprenne à mieux le connaître en cherchant le plus de musiques ou de films possibles qui me permettront de mieux appréhender l’univers dans lequel il évolue, qui il est, son but, etc.. Mes recherches me permettent alors de comprendre les problématiques inhérentes au monde dans lequel il évolue et donc – quelle sera la thématique centrale du film -.
Je me sers beaucoup de la musique, j’écoute certaines chansons en boucle en écrivant des scènes car c’est comme ça que les images de ce qui se passe dans les scènes me viennent à l’esprit. C’est aussi ainsi que ma bande son pour chaque film se construit, y’a des musiques qui collent au film et qui m’inspirent et ensuite au montage cela devient évident sur les images.
J’ai toujours peur que le spectateur s’ennuie. Je cherche donc à innover à travers chaque séquence de mes courts, à trouver une nouvelle lumière, une tout autre scénographie, musique ou façon de cadrer, etc… Chaque séquence à une chose à raconter qui se travail sous tous les aspects possibles.
J’aime me plonger dans des univers qui me sont très lointains pour écrire un nouveau court, et ce dans le but de surprendre le public et de rendre cinématographique des milieux trop peu connus et mis en avant mais tellement riches artistiquement. C’est pourquoi quand je me lance dans un nouveau projet je deviens presque mon personnage, j’essaye de m’immerger dans son univers, fréquenter les endroits et les personnes qu’ils fréquenteraient, écouter les musiques qu’ils écouteraient, porter des vêtements dans son style, regarder des films qui parlent de son milieu,
pratiquer sa passion s’il en a une.
Et je ne fais alors presque que ça pour être au plus proche de la réalité. Si on reste dans sa zone de confort on perd tellement de choses à raconter.
Au fil de l’écriture on passe tellement de temps avec les personnages qu’on les connait par cœur, on connait leur voix… quand le film est enfin tourné c’est dur de s’en séparer car c’est comme s’ils étaient devenus des
amis très proches.
Les comédiens aident aussi énormément à créer les personnages, quand ils leur donnent vies il faut savoir prendre ce qu’ils y apportent et nourrir le personnage avec. Les retours de mes intervenants, de certains de mes camarades et de mes proches sont aussi très importants pour moi, pour prendre du recul ou emprunter une piste à laquelle je n’avais pas pensé.
Je pense qu’en général on fait des films qui nous ressemblent et qui ressemblent à nos films préférés. J’ai eu la chance que mes parents et mon grand-frère me fassent découvrir beaucoup de leurs films préférés quand j’étais plus jeune, qui sont aussi devenus les miens et qui composent ainsi la petite réserve secrète vers laquelle je me tourne consciemment ou non quand je suis en phase de création, ce qui fait que mon style de réalisation fait référence à beaucoup de choses. Et à chaque fois qu’on commence à travailler sur un univers en particulier, par exemple ici sur le glam rock, les recherches amènent toujours à trouver de plus en plus de références, qui finissent par créer toute une arborescence.

Comment est ce que les femmes peuvent se réapproprier le milieu du cinéma ?
Bonne question. En tant que femme j’ai eu affaires à certains comportements sur différents plateaux de tournage ou réflexions assez énervantes. J’ai déjà échangé avec des collègues filles qui ont eu le même ressenti. En tant que femme dans le cinéma, on est parfois considérées comme moins capables qu’un homme ou même incapables par certains techniciens, je dis bien certains car il y a parfois une ambiance macho / blague sexiste qui règne.
Quand on est une fille, il peut arriver que l’on soit considérée comme trop fragile pour un poste physique, pas assez intelligente pour un poste particulièrement technique, pas assez drôle pour écrire de la comédie… et on peut facilement être mise de côté, les gens ne s’intéressent pas d’emblée à vous, ne penseront pas à vous en premier
si vous ne faites pas vos preuves car cela ne sera jamais évident pour eux.
On est alors parfois reléguées à des tâches moins essentielles.
Le meilleur conseil que je pourrai donner c’est de s’impliquer à 200%, montrer de quoi on est capable, faire ses preuves, prendre toutes les opportunités possibles de montrer ce qu’on a vraiment à l’intérieur. Une fois cela fait c’est fou comme ça peut changer le regard des autres, leur considération, etc. Des phrases qu’on m’a déjà sorti en voyant mon travail m’ont fait sourire, les gens sont surpris de voir ce que je fais en découvrant ma « petite carrure ». Cela n’est pas dit en partant d’une mauvaise intention mais les mentalités lient beaucoup trop sexe et physique à capacité.
N’importe quelle fille a autant de rage, de force intérieure, d’histoire forte à raconter qu’un homme et est capable de tout comme toute personne passionnée, travailleuse et motivée. Avec certaines filles au côté de qui j’ai pu évoluer ces dernières années, je suis fière car on a su selon moi montrer notre force pour mener un projet et une équipe de bout à bout. Pour avoir fait pas mal de soirée de projection / festival, la majorité des courts sont encore réalisés par des hommes mais je pense que c’est en court d’évolution.
Je trouve cela génial qu’il y ait de plus en plus de réalisatrices, cela apporte un nouveau regard sur beaucoup de sujet qui ont pu être déjà poncé au cinéma, il y’a toujours un nouveau point de vue à apporter. Les femmes qui filment les femmes, les femmes qui filment les hommes, cela rend le cinéma encore plus riche avec toutes ces pluralités de points de vue et de manière de travailler.
Dans mes recherches actuelles pour mon prochain court je vois bien que de nos jours les femmes se
réapproprient beaucoup de milieux à la base considérés comme masculin. C’est aussi grâce à des magazines comme vous que les choses bougeront. Je suis pour une nouvelle génération de filles badass haha
En parlant de ça le Mercredi 2 mai à 20H00 au cinéma La Mouche de Saint Genis Laval on organise une
soirée de projection avec les réalisatrices de ma promo de l’école de cinéma Factory, Roxane Baudin,
Morgane Saegert, Marion Ains et moi-même. Ce sera l’occasion de mettre en parallèle notre premier
et notre dernier court métrage à chacune. Il y aura donc mon deuxième court Da Lost Boyz qui date
de septembre dernier. Une adaptation de Peter Pan se déroulant dans un milieu punk / gabber dans
les 90s… (affiches par Caroline Valette) Entrée libre, cacti boys and girls vous êtes les bienvenus.

Une idée pour ton prochain film ?
Oui carrément ! A vrai dire j’avais plusieurs idées qui me trottaient en tête avec des histoires, des personnages et des univers totalement différents, comme tous les réalisateurs j’imagine, et j’ai été amenée à choisir de me plonger dans l’écriture de celle qui me paraissait la plus urgente à traiter. Actuellement j’avance et je ne regrette pas car je trouve de plus en plus de choses en lien avec mon sujet dans l’actualité.
Je ne préfère pas expliciter concrètement le sujet, mais à travers ce film je souhaite encore mener une réflexion sur la masculinité, cette fois-ci en réfléchissant sur ce que cela implique de devenir un homme au sein d’un groupe, sur la domination de la virilité dans certain milieu et le goût du risque que porte les pratiquants de sports… à risques. Je trouve cela magnifique, ça me passionne vraiment.

Crédits – Julia Chapot 
Interview par Camille Dochez

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