Lettre à Frida Kahlo (1907-1954)

par | Avr 2, 2018 | Breaking news pour l'outre tombe | 0 commentaires

Lettre à Frida Kahlo (1907-1954), artiste peintre mexicaine ayant bousculé les codes de la représentation du féminin.

Chère Fridette, 

André Breton a dit de toi que tu étais « une bombe avec un ruban autour ». Outre le fait que ce soit quand même une description hyper stylée, j’adore parce que je vais pouvoir te parler de choses qui fâchent.
Alors Fridou, j’aimerais discuter de l’immense sororité mondiale. Tu sais, la sororité, la même chose que la fraternité mais avec des meufs ? Parce que j’ai l’impression que c’est un terme qu’il faut remettre d’actualité.
En France, on a/a eu des gros débats sur le port du voile, ou encore le « burkini ». On se souvient de nos ami·es Facebook qui, bien qu’ils/elles taillaient les féministes à chaque occasion, se faisaient soudainement les ardent·es défenseur·euses de « la liberté de la fâme ». Bon. Et si tu les laissais faire comme elles veulent, les femmes ?
Est-ce que tu savais que le 27 mars dernier, c’était la première Journée internationale des femmes musulmanes ? Elle vient d’une initiative de l’association féministe et anti-raciste Lallab, dans le but de « Révolutionner le récit fait sur les femmes musulmanes et promouvoir une représentation médiatique plus inclusive ». Boum, trop fortes.
Tu vois, Frida, y’a un truc qui m’horripile : même dans les rangs des féministes, certaines imposent des modes de vies à d’autres (coucou Élisabeth Badinter), alors qu’on se bat pour se libérer d’une oppression. C’est quand même cocasse.
Je sais pas si t’as un lecteur DVD au paradis, mais si oui, je te conseille de regarder « Ouvrir la voix » d’Amandine Gay. Des femmes noires et métis parlent de leurs quotidiens en tant que femmes racisées et alors, perso, je me suis pris une énorme claque. On y apprend, notamment, qu’une femme s’est faite refouler de la Marche mondiale des femmes à Marseille parce qu’ « on veut pas de voile ici ». Une femme opprimée par des femmes,

hello wooOOOooooOOOOorld.

Alors, face à ça, des autrices (Kimberlé Crenshaw surtout) ont créé le concept d’« intersectionnalité ». C’est quoi ce truc ? Ben en fait, des femmes, y’en a plein. Un peu plus de 3 milliards et demi dans le monde. Et ces femmes, elles sont toutes différentes les unes des autres.
En gros, imagine qu’une oppression = une route où on se prend des voitures dans a tronche. Ok, une femme qui vit du sexisme, elle a une route. Un homme noir qui vit du racisme, il a une route aussi. Une femme raciste qui vit du sexisme ET du racisme, elle est sur une intersection de routes. Alors elle se prend les bagnoles des deux routes. Super.
Donc suivant qui on est, on ne vit pas la même chose : moi je suis une femme blanche, j’ai jamais vécu de racisme. Alors pourquoi je parlerais à la place des femmes qui en vivent ? Je vais plutôt essayer de fermer ma gueule et de les écouter. En fait, c’est un peu comme les hommes avec le féminisme : écoutez d’abord, et après on peut discuter.
C’est ça la sororité : on est toutes différentes, mais on doit se serrer les coudes et pas s’écraser les unes les autres. Parce qu’au final, niquer le patriarcat, « c’est notre projeeeeet » !

Longue vie aux soeurs de tout l’univers, 

Texte – Clémentine Biard 
Illustration – Lucy Macaroni

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