Lettre à Lü Bicheng (1883-1943)

by | Mar 26, 2018 | Breaking news pour l'outre tombe | 0 comments

Lettre à Lü (ou Lv) Bicheng (1883-1943), première rédactrice en chef d’un journal en Chine, fondatrice d’écoles pour femmes, et militante féministe pour l’éducation des femmes et leur droit de vote.


 

Chère Lülü,

 
Cette semaine, j’en ai gros sur la patate. J’ai envie de te parler d’un truc magnifique, une ingéniosité de la nature, un épisode grâce auquel tout le monde est né.
 

Eh oui, on va parler des règles. Les menstruations, les ragnagnas, les Anglais, les trucs quoi. Le sang qui sort de la chatte de la moitié de la terre, une fois par mois.

 
Allez, un peu de math menstruelles : une fois par mois ça veut dire approximativement 12 fois par an. Jusque là, tout va bien. Si on part du principe qu’une femme a ses règles pendant 38 ans de sa vie, elle vivra environ 456 menstrues. Et tu sais combien elle dépensera pour les épancher ? 23 500 € en moyenne. Donc 675€ par an. Un petit loyer tranquille oklm en tampons, serviettes, antidouleurs, sous-vêtements neufs pour remplacer les tâchés etc.
 
Pourtant, c’est loin d’être la teuf dans le monde des règles tu sais. Je veux dire, quitte à lâcher autant de maille on s’attend à un service 5 étoiles. Et bien non, figure toi que nous vivons dans un monde où, quand bien même les femmes dépensent l’équivalent de 6 750 malabars par an, elles peuvent perdre une jambe à cause d’un choc toxique (comme la mannequin Lauren Wasser). Un monde où les publicités de protections hygiéniques ne montrent pas de sang. Alors qu’on parle des règles. Donc de sang. L’année dernière, une pub pour des serviettes a pris le parti de mettre du “sang” de couleur rouge. Oh la tollé, je te raconte pas.
 
Oui Lü, aujourd’hui les règles c’est tabou. C’est ce que raconte le court-métrage Period Stories de Charlotte Forsgård () : qui a déjà demandé haut et fort à une assemblée une serviette ou un tampon ? Combien de journées a-t-on passé avec l’impression que notre utérus se suicidait, sans rien dire à personne ? Je pense à mon amie qui a passé un gros concours pendant son 1er jour de règles : tout donner, en étant tordue de douleur.

Les bonnes femmes, ça doit vivre avec ça et c’est tout.

 
Ça doit tellement vivre avec ça que, bien que 1 femme sur 10 soit touchée par l’endométriose, 1 gynéco sur 100 est formé·e à la maladie. Et même pour les maladies que tous les praticiens connaissent (kystes aux ovaires, torsion de l’utérus etc), il arrive trop souvent que les patientes ne soient pas prises au sérieux. « Enfin madame, c’est une douleur de règles, c’est le poids de la procréation et c’est tout ». Bah oui, on est douillettes nous, c’est pas comme si on avait ça tous les mois et qu’on savait faire la distinction entre une douleur de règles et un putain de champignon nucléaire dans notre bide.
 

Alors stop, les règles c’est pas crade, dégueu, puant : c’est la vie, bordel. Et c’est en commençant par bien nommer un problème qu’on le résout.

 

Sur ce, longue vie aux utérus palpitants !

 
Texte – Clémentine Biard
Illustration – Pamela Tamby

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