MAXIME MULLER FAIT DES PHOTOS – Chapitre 1

by | Feb 15, 2018 | Photos | 0 comments

 

N°1 – PRÉSENTATION 

Un jour on a rencontré Maxime, et depuis on a plus voulu le lâcher. Maxime il est photographe, il aime les hommes, les femmes, les gens, les choses. C’est ce genre de monsieur prêt à te raconter des histoires tout le temps, à te border le soir, ou à te mettre la fessée quand tu fais une bêtise. Alors forcément ça a collé. Ce mois-ci on va le suivre à la trace. Tout les jeudis on vous montrera ses photos tirées de l’exposition The Girl you lost to cocaine, un patchwork bordélique et grandiose sur le monde des Drag-Queens.

you Go gurl. 

Cette semaine on lui a posé des questions sur le drag world, et on est allé voir son exposition qui a été exposée à la Galerie BlOO à Lyon.
 

Il paraît que le milieu du Drag est un milieu très fermé, comment est ce que tu a fait pour t’intégrer?
                C’est vrai que le monde du Drag est assez fermé, et ce n’en est pas une critique : elles se protègent, et elles ont bien raison. Le comble, c’est que je ne suis jamais allé à une Garçon Sauvage, ni à une soirée au Lavoir ou dans un squat pour les rencontrer. J’ai tout simplement envoyé un message un peu par hasard à Messalina Mescalina sur fb, en lui témoignant toute mon admiration. Selon moi, elle sort des clichés de la drag, si bien même que lorsque l’on a shooté, je ne me suis pas dit « c’est une drag ». Je ne voyais que le coté performatif, et la blessure/revendication du genre. Ce n’est pas beau, ce n’est pas glamour, c’est glauque : mais c’était mon « mood » du moment. Le shooting s’est extrêmement bien passé, c’était très fort comme degré d’investissement, de confiance… Je ne montre pas souvent ce que je fais, ou du moins pas sur les réseaux sociaux et sur internet, car je fonctionne avec des tirages papiers argentiques et Polaroïd. Messie a montré les backstage du shoot sur ses comptes et ces photos ont un peu « buzzées », elles ont été vraiment appréciées du public, et par des Drag queens elles-mêmes. Alors c’était plus facile pour les approcher.

Qu’est-ce qui t’as le plus surpris/attiré chez les DraGones?
                Ce qui m’a le plus surpris chez Elles, c’est leur bienveillance. Je garde un très bon souvenir de chaque shooting, chaque moment. On se voit d’ailleurs maintenant pour parler, sortir, manger… Ce qui m’a le plus attiré c’est leur coté désinvolte. Et pourtant totalement féministe, engagé, militant (comme Fifi du Calvaire).

Il y a des petits sachets de drogues diverses dans ton exposition, pourquoi tu as choisi de les associer au Drag ?
J’ai grandi dans un milieu très conservateur, bourré de clichés ; une femme qui a les cheveux courts est forcément lesbienne, un pd a forcément le sida, une drag queen c’est un travelo drogué. Je voulais reprendre ce cliché et en faire quelque chose de plastique ; les sachets de drogues, de cocaine, de médocs se transforment sur l’accrochage en sachets de paillettes, de confettis. Je n’ai d’ailleurs pas vu plus de drogues que dans un autre milieu, et mêmes certaines drag ne prennent pas du tout de drogue durant leurs performances.
Par ailleurs, les sachets de drogues viennent étayer le titre de l’installation, à savoir « The Girl You lost to Cocaine ». Le titre de la série vise déjà à inclure le spectateur par le « you », manière de définir la drag comme un choix par défaut, contraint, pour se débarrasser d’une autre vie (celle d’un drogué ?). On peut d’ailleurs traduire le titre de l’expo par « la fille que tu as laissé pour de la cocaïne », impliquant soit une sorte de relation amoureuse où l’un des partenaires a laissé « la fille » pour de la cocaine, ou soit que quelqu’un a perdu cette fille « bien » pour se droguer, se libérer. En clair, c’est de ta faute si elle est comme ça maintenant.
(NB : c’est aussi le titre d’une chanson de Sia, dans l’album « Some People Have Real Problems »)

Qu’est-ce que tu penses de l’impact de RuPaul sur le drag moderne?
AHHHHHH ! Il fallait absolument que je tombe sur cette question. Personnellement, je n’ai jamais regardé RuPaul’s Drag Race. Mais je sais ce que c’est, par procuration, car TOUT LE MONDE M’EN PARLE (*haha*).
Ce show a eu énormément de répercussion sur le drag, et oui le drag « moderne », car les gens s’y intéressent, comme une sorte de « revival ». Je n’ai pas voulu (eu le temps ?) de regarder cette émission, car d’un coté, je ne voulais pas fausser l’image que je pouvais me faire d’elles. En plus, dans le show, elles sont souvent « méchantes » entre elles, car c’est une compétition. Ici, il n’y a pas cette concurrence, mais un énorme esprit de liberté. Et d’un autre coté, ça ne m’intéresse pas, car au final je ne cherche pas à m’amuser de par le drag ; selon moi il pose de vraies questions sur le genre, le féminisme et la liberté. Je ne veux pas montrer aussi seulement la prouesse du maquillage, sur un thème. Mais c’est grâce à ce genre d’émissions, de performances, que la société évolue, devient plus flexible, et peut être que dans 10 ans, tout le monde s’habillera comme une drag, parce que ça sera « normal ».

Est-ce qu’il y a une notion de féminisme dans le Drag?
Pas du tout…

                                               ABSOLUMENT (*haha*)

On parlait avant de secteur « fermé », et le monde gay est très cloisonné. Le drag permet de rassembler les gays et les lesbiennes dans un premier temps. Par ailleurs, il y a cet aspect de pouvoir se « dressed as a girl », de performer, dans la rue, un club, un bar, ou au quotidien avec les restes de makeup, de vernis à ongles… Il y a une médiatisation, et une médiation de la femme dans la société. On ne le voit jamais, et pourtant c’est évident, mais toutes ces tenues, ces maquillages, ça demande ÉNORMÉMENT de place. Et la plupart du temps, les deux identités fusionnent, se mixent et s’empruntent des accessoires chez l’un ou l’autre.
Aller au travail avec des talons quand on est un homme, c’est un acte féministe.

Quelle vision/regard tu poses sur le drag?
Dans mon travail, je m’intéresse à la notion de sexualité, du corps, et de la monstration de ce dernier. Dans ma série « Chambre 112 », je fait des autoportraits en me grimant, me travestissant, pour évacuer des émotions négatives, des blessures, traumatismes… J’ai ressenti la même énergie pendant les préparations des différentes personnes avec lesquelles j’ai shooté. C’est intime, ça vient de profond, des tripes, ça sort, c’est là, ça dégueule, c’est touchant, c’est attirant et en même temps repoussant. Alors je porte un regard complice et attentionné. Je porte aussi un regard d’admiration pour tous les actes militants dont elles font preuves, sur la revendication du genre (ou plutôt sur le fait qu’il n’y a pas de notion de genre à avoir dans une société moderne), sur le droit des femmes, des hommes, des homosexuels, des personnes transgenres, la légitimité d’être et d’exister comme elles l’entendent.

Texte et Interview – Camille Dochez  

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