Lettre n° 666 d’une féministe très en colère !

Lettre n° 666 d’une féministe très en colère !

Yep, bien sûr qu’on va parler de la tribune dans le Monde sur la liberté d’importuner. Mais pas que ! Depuis sept jours, les arguments coulent à flot, on scandalise, on heurte, on rassure… Point positif, on n’avait sûrement jamais autant parlé féminisme (bon ou mauvais !) dans les médias.
 
Alors que le débat commençait à s’essouffler, plutôt par manque d’entente que d’idées, Catherine Deneuve, une des signataires de la tribune-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, décide d’apporter des clarifications.
 
Bueno Cathoche, on t’écoute ! Au grand soulagement de nombreux.ses, elle s’excuse auprès des victimes (mot sheitan pour les zouz de la tribune) d’actes odieux, qui ont pu se sentir agressées par leur texte. Elle se désolidarise aussi des conneries crachées par ses consœurs-Catherine. Best-of du pire : « on peut jouir lors d’un viol », « le harcèlement de rue c’est plutôt plaisant, c’est même un compliment », « si on se met à me traiter de salope, je n’en fais pas une maladie. » Ah on s’est bien marré avec vous les meufs, y’a pas à chipoter !
 
Bon ça c’est la partie cool de la réponse Deneuve. Mais reste quelques points not so bueno!

 
Comme sa peur et son refus du « danger du nettoyage des arts ». Parce que Cath, elle a peur qu’on brule Sade, qu’on efface Léonard de Vinci, qu’on décroche Gauguin et tutti quanti. Et si on faisait tout ça alors? On perdrait une (mini) partie de notre culture. Mais est-ce que la culture est un argument suffisant ici?
 
Il aurait fallu régler ce problème à la source, comme j’espère que nous pourrons le faire aujourd’hui, et interdire ces hommes d’exposer… Mais on ne l’a pas fait, parce que société hétéro normée, homme blanc roi blablabla, ON SAIT !
 
Alors au lieu de penser à ces agresseurs, harceleurs, pédophiles et compagnie, qui se verraient retirer des musées, théâtres ou bibliothèques, j’ai pensé à leurs victimes : ces apprenti.e.s, jeunes élèves, artistes en devenir… Tant de tableaux qu’on ne verra jamais, de chansons qu’on n’entendra jamais, de danse qui ne se danseront jamais, de voix perdues. Toutes ces victimes, qu’on a réduites au silence, à l’anonymat, au profit d’hommes plus puissants. Pourquoi n’y a-t-il pas de tribunes pour ceux-là ?
 
D’ailleurs, pour ceux qui s’inquiètent qu’un homme touchant le genou d’une femme se voit mis au bucher (on y reviendra plus tard aux sorcières !), rappelons que Woody Allen, Roman Polanski, Dustin Hoffman ont une très belle carrière et continuent de faire des films, James Franco et Gary Oldman viennent de remporter un Golden Globes et Harvey Weinstein n’est toujours pas en prison… Niveau condamnation on repassera.

Catherine croit en la justice, elle est pour la justice, il faut porter plainte quand on est attaquée. Aaaah, c’était ça la solution roh, quelles dindes nous sommes, on n’y avait pas pensé! Le hic c’est que la justice a failli à beaucoup, mais alors vraiment beaucoup de personnes. Lorsqu’il faut porter plainte 4 fois pour violence conjugale avant que la police se déplace (et te retrouve morte), quand 1% des violeurs sont en prison, quand tu as plus de chance de passer ta vie derrière les barreaux si tu es noir avec un joint dans la main que si t’as un polo Ralph Lauren et que tu as détourné des millions, ou encore quand tu as de grosses chances de perdre ton job après une plainte pour harcèlement… Il devient plus difficile de croire corps et âme en la justice.
On sait que Twitter n’est pas un tribunal, on connaît l’Etat de droit, la présomption d’innocence, on rêve que « le droit de chacun.e à être en sécurité » soit appliqué. Mais malheureusement, nous ne nous sentons pas en sécurité dans l’espace public, dans les bars, dans les Uber, au travail… Bref t’as compris.
 
Alors on a utilisé les outils à notre disposition. Et de nos jours, les réseaux sociaux sont apparus comme l’arme la plus puissante.
 
Et c’est vrai ! Enfin quelque chose qui marche ! Enfin un endroit où la parole se libère. Non sans sa pléiade de critiques, insultes et troll de l’an 2000 en tout genre. Mais au moins, c’est un endroit où l’on est physiquement safe.

Et là, dans la nuit, vient le coup de grâce ! Margaret Atwood, auteure du livre et co-scénariste du brillantissime Handmaid’s Tale – qui dénonce un monde, justement, privé d’émancipation – accuse le mouvement #metoo. Noooo ! Not you Margaret. Son problème ? #metoo est le symptôme d’un système judiciaire brisé. Again, we know! Par contre, toi, tu n’as sûrement pas assez creusé dans tes recherches. Sinon tu saurais que Tarana Burke, par exemple, investigatrice du fameux hashtag, fait aussi partie du mouvement (soon-to-be parti politique on espère !) Time’s Up. Et si tu regardes, même rapidos, le site de Time’s Up, tu te rends compte que dans l’équipe, il y a des avocates, prêtes à continuer le débat sur un aspect légal. Il y a une section pour « connaître ses droits », comment les faire valoir, à qui demander une aide légale et même un fond de campagne à cet effet. Pleines d’activistes pour l’égalité homme-femme mobilisées pour cette cause, lancée par ce #metoo, que tu compares, Margaret, à un recours staliniste. On est déçues Margaret, super déçues !

On parle beaucoup de terminologie, alors je pense qu’il est justement primordial de différencier délation et dénonciation. On affuble les hashtag qu’on ne présente plus de délation, flirtant constamment avec la seconde guerre mondiale et les nazis, car on aime garder à portée de main un bon ptit point Godwin ! Donc, les victimes de la Shoah seraient des connards qui agressaient les collabos, au même titre que les harceleurs et agresseurs de femme dans la comparaison ? Hum, il ne me semblait pas avoir appris ça.
Vous reprendrez bien un peu de décence ?
 
Allez, on va finir – parce qu’il se fait tard et je dois rejoindre Beyoncé pour l’aider à tout défoncer avec sa batte de baseball – sur mon terme préféré : la chasse aux sorcières. Woody Allen, Liam Neeson, Elisabeth Levy, Margaret Atwood (émoji qui pleure) et tant d’autres ne sont pas rassuré.e.s ! Ouais, ils ont les chocottes qu’on tombe dans une chasse aux sorcières avec cette affaire dis ! Encore une fois, les mouvements #metoo et #balancetonporc servent à nommer des harceleurs, agresseurs, violeurs, des personnes ayant oppressé et bafoué la liberté de leur prochain. Alors nous demander d’avoir de l’empathie pour ces hommes dénoncés, car ils souffrent de l’opprobre publique… Meh nah! On repassera ! Ils en avaient de l’empathie au moment de leur connerie ?

La chasse aux sorcières, historiquement, c’est lourd de sens et c’est surtout spécifiquement tourné vers les femmes, qu’on brulait car elles avaient une connaissance étrange du corps (elles étaient infirmières en fait les gars), ou simplement car elles avaient un chat ou qu’elles avaient parlé trop fort… Au passage, on se servait des homosexuels comme petit bois, ils avaient l’esprit pratique ces dudes. C’est une époque dramatique pour les femmes (et les homosexuels donc!) dont les stigmates et la réputation survivent encore. Alors non, on ne fait pas une chasse aux sorcières, sinon on foutrait les mecs dans un lac, en attendant qu’ils se noient ou flottent, mais on les tuerait dans tous les cas et on s’en irait fumer notre pipe.
 
Alors ouais, les sorcières sont là. Pas pour te tuer mais pour récupérer leurs droits. Si nous n’avons pas le système judiciaire et politique, le pouvoir institutionnel ou des millions d’euros de notre côté, on a au moins nos histoires. Et on va continuer à les raconter, encore et encore. So beware the angry feminist witch !
 

Et si vous n’êtes toujours pas convaincu.e:
 
 

 
 
Texte: Claudia Bortolino
GIFS by Laura Salaberry
Bannière « FEMINIST » by Fun Cult
 
 
 
 

Vous reprendrez bien un peu de Koockie ?

Vous reprendrez bien un peu de Koockie ?

Month: January 2018

Un peu avant l’heure du goûter, on a posé nos burning questions à Constance, artiste pluriforme pleine de projets et d’histoires.
 
– Salut Koockie, tu peux te présenter stp?
Ce ptit prénom là a vraiment une histoire. Sur mon visage il y a des éclats de chocolat ! Et quand j’étais gamine je me faisais beaucoup charrier par rapport à ça. Au départ c’était vraiment un complexe, je les arrachais même. Et puis j’ai arrêté de vouloir les combattre et j’ai appris à les aimer !

La question difficile : tu fais quoi dans la vie ?
Il y a quelques années j’étais inscrite en fac de médecine et ma sœur, qui était aussi en médecine, me sort « non mais t’as pas de personnalité, tu fais tout comme moi ! » et j’ai vraiment pris cette phrase comme un challenge. Donc pendant l’été j’ai réfléchi à ce que je pourrais faire d’autre. Et en septembre, je ne suis pas allée en médecine, même si je ne savais pas encore vraiment ce que je voulais faire. Ca a été très difficile, j’étais clairement en dépression. Et cette dépression m’a inspiré.
Je voulais m’occuper des gens, les aider au niveau du physique, et là j’avais une souffrance non physique qui m’était inconnue. Donc je me suis dit qu’en allant en psychologie je pourrai trouver des réponses à mes questions. Et voilà ! Coup de cœur. J’ai fais de la psycho-sociologie et c’était une des plus belles découvertes de ma vie. Beaucoup de révélations, de critiques et surtout de colère.
 
Je me suis rendue compte comment la société m’influençait, comment je me comportais et le fait que mes choix étaient peut-être formatés. Cette prise de conscience m’a rendu plus attentive à mes choix.

Tu peux nous parler de ton entreprenariat ?
Ca fait plus d’une dizaine d’année que je suis au Conseil municipal jeune de Feyzin et à la suite de ça j’ai fait un service civique, qui m’a encore plus ouvert l’esprit. Je voyais au delà des études.
L’habillement, plus que la mode, a toujours été super important pour moi. J’ai découvert le statut étudiant entrepreneur, qui m’a de suite attiré alors j’ai donc demandé le statut et je l’ai eu.
J’ai appliqué ma démarche entreprenariat avec Canopée Consulting : du conseil en image revisité. C’est un service dans lequel j’inclue mes connaissances en psychologie sociale. Concrètement, avant de vouloir aider une personne, lui dire de changer de style vestimentaire ou le critiquer, ma démarche c’est de comprendre. Comprendre comment tu en es venu à donner de l’importance à ton style ou à le délaisser. Partir d’une phase de diagnostic pour déconstruire des ressentis.
On porte un style vestimentaire en fonction des milieux qu’on fréquente, donc c’est aussi comprendre l’univers dans lequel on s’inscrit. Qui sont nos proches, comment les interactions se font autour du vêtement… Toute la dimension sociologique dont on ne fait pas attention.
 
 
Quelles sont tes problématiques phares dans cette démarche ?
Comprendre comment est-ce que la personne investit son apparence, est-ce que c’est subi ou choisi ? Est-ce que ça vient de nous ou de la pression de la société qui force des idéaux ?
Donc j’accompagne la personne dans cette phase de diagnostic, je comprends ce vers quoi elle veut tendre et je l’accompagne dans la démarche pas à pas. Car affirmer un style vestimentaire unique ce n’est pas aisé dans une société conformiste. Il faut aussi se préparer aux attaques tout comme aux encouragements.
Mon but c’est de soigner via l’apparence, sachant que s’occuper de l’apparence, ça revient à la confiance en soi et c’est applicable sur tous les sujets de la vie.

Qu’est-ce que tu penses de l’appropriation culturelle, dont on entend de plus en plus parler ?
Au début je ne la comprenais pas. Parce que je suis née en France et l’idéologie raciste, j’en suis imprégnée que je le veuille ou non. Et l’an dernier je me suis posée la question car je portais tout le temps un kimono japonais, acheté à Amsterdam, vive la mondialisation ! Et moi ce kimono je le trouvais juste beau mais je me suis demandé ce que c’était un kimono pour un japonais, je ne savais pas. Donc pour moi c’était une forme d’appropriation culturelle, je me posais la question de ma légitimité à le porter, avec mon wax sur la tête et mes baskets Nike !
De l’appropriation culturelle il y en a toujours eu, mais le problème actuel c’est le rapport de domination entre les cultures. Les cultures afro sont dévalorisées. Malheureusement si une personne afro porte du wax, ça sera moins jugé beau/ à la mode que si une occidentale le porte. Pour un même objet, la perception change.
J’espère que la problématique de l’appropriation culturelle disparaîtra mais pour arriver à cet idéal, il faut que la France puisse voir en face son passé colonial et ses répercussions au présent, qui sont passées sous silence. Il faut vraiment poser les choses à plat pour que la France puisse se détacher de cette culpabilité.
 
Tu fais aussi du slam, comment tu es arrivée à cet art?
Je m’étais achetée un carnet de dessin que je me trimballais partout et je dessinais jamais dedans. Pour aller à la fac, je passe tous les jours à Gare de Vénissieux, qui relie le centre ville à toute la banlieue, donc assurément, c’est des gens issus de classes populaires. Et à chaque fois qu’il y a les contrôleurs, il y a la police avec eux. Ca m’a ramené à un événement auquel j’avais assisté dans un bus, à savoir un type qui n’avait pas payé son ticket, que les contrôleurs, accompagnés de la police ont fait descendre avec violences physiques. Cette scène m’avait choqué. Et je me retrouve une énième fois Gare de Vénissieux avec ces contrôleurs accompagnés des policiers, ce qui n’arrive jamais en centre ville.
Pour évacuer, j’ai choisi d’écrire, tout simplement, ce qui m’avait mise en colère. Et ça m’a soulagé, c’est devenu ma drogue quand je ressentais quelque chose de fort, tout décharger sur le papier.
Et l’été dernier j’ai relu pour la première fois ce que j’écrivais, je trouvais qu’il y avait un truc. Puis j’ai fréquenté un rappeur de la scène lyonnaise à qui j’ai fait lire mes textes, il m’a de suite conseillé de monter sur scène et de slamer. J’ai dit ok. Trois heures après je fais ma première scène à Thou Bout d’Chant, avec des retours positifs et ça m’a trop encouragé. Alors j’ai enchainé, au Macanudo et sur d’autres scènes ouvertes. A chaque fois c’était en mode spontanée. Donc maintenant j’ai envie d’aller plus loin, de me poser et de retravailler vraiment mes textes.

 
Et tes textes reposent sur quoi ? T’as un thème récurrent ?
Moi ! Moi moi moi ! Ce sont des textes écrits à partir de sensations et d’émotions. Donc ça peut parler à tout le monde. On est dans une société qui étouffe beaucoup les ressentis, donc j’espère que partager mes textes ça peut réveiller certaines personnes.
En général j’écris quand même beaucoup sur le fait d’être femme, autant ma féminité que ma masculinité, parce que j’aime jouer avec les deux, dans mon style notamment. Y’a même des jours où on m’appelle monsieur ! C’est sans pression et ça me dérange pas ! Je pose beaucoup les réflexions sur le féminisme aussi et la façon dont je me l’approprie. Et dernièrement la frontière entre le rêve et la réalité, car j’ai vécu des moments où l’imaginaire était encore plus impactant que la réalité.
 
T’as des projets pour le futur proche ou moins proche ?
Mon objectif c’est que mon travail soit lié à ce que j’aime, mettre mon énergie dans quelque chose qui me permet de me développer personnellement. En partant de moi, j’aspire à aider le plus de personnes possible.
Avec l’association étudiante Sapé.e, j’espère pouvoir toucher pas mal de monde. C’est une association que je suis en train de créer pour réunir les afro-européens autour de la notion de style vestimentaire, de l’assurance par l’habillement.
 


On va passer aux questions plus corsées maintenant !
 
Ta féministe chouchou ?
Ma maman. Parce que c’est la femme forte. Le courage qu’elle a eu et continue à avoir… J’essaie de m’imaginer à sa place, à 18 ans, quitter mon pays avec mon premier né sous le bras, pour faire mon avenir ailleurs. Et arriver dans un pays pas forcément accueillant, où tu vas subir des injustices, mais te dire qu’il faut te battre pour tes enfants. C’est un déracinement et il faut tellement de courage pour prendre cette décision là.
Quelle actrice jouerait ton rôle dans ton biopic ?
Moi ! Je te dirais moi parce que t’as tellement peu de représentation de femmes noires… La figure à laquelle on m’a renvoyé c’est Lupita Nyong’o car elle est noire aux cheveux courts ! Donc l’actrice afro pour mon rôle je ne la connais pas encore ! Tant qu’on n’est pas représenté, c’est à nous-mêmes d’assurer les rôles qu’on veut. Mais je veux bien faire des castings… !

Qui invites-tu à ton diner parfait ?
Moi ! Encore ! J’adore faire des choses toute seule. Non mais j’invite mon ami Joel, un afro français qui évolue dans le monde du théâtre et pour moi c’est un pilier. Quand je me perds dans ce que je vis, je sais qu’il a les mots et les connaissances pour m’aider et me débloquer.
Si tu pouvais vivre dans un film ?
Princesse Mononoké de Miyazaki. Parce que c’est une sauvage comme moi ! Il faut toujours cet équilibre entre le côté sauvage et civilisé et le film montre bien ce dilemme.

Fuck marry kill : Bryan Cranston – John Boyega – Jay-z
Alors kill Jay-Z et je récupère son compte en banque. Fuck John Boyega. Et Marry Walter White (Bryan Cranston), pour son intelligence, c’est une des qualités qui me fait bander. La stimulation intellectuelle c’est ce dont j’ai besoin dans ma vie !

Koockie en bowling star dans le shooting FEMALE TROUBLE de Cacti #3.

Photo de Camille Brasselet