Kufu – Sabrina Grasso

Kufu – Sabrina Grasso

Après une révélation soudaine, Sabrina se découvre l’âme écolo ! Couturière des premières heures, elle concrétise son savoir-faire avec Kufu et développe sa connaissance du packaging version éco responsable.
Dans sa démarche écologique, elle récupère des jolies chutes textiles de créateur pour les transformer en accessoires du quotidien zéro déchet (cabas, sacs pliables, cotons lavables…)
 
Oh et Kufu ça veut dire « faire avec mes moyens du bord » en japonais, ce qui est réussi avec brio par Sabrina qui vous convaincra d’adopter ses produits upcyclés pour soulager votre conscience avec style.

 
Quelle est ton inspiration pour Kufu ?
C’est plus un mode de vie qui m’inspire, la slow-life même si je suis la meuf la plus rapide et speed ! Mais je prône la slow-life parce que j’ai envie d’y arriver moi aussi ! Prendre le temps de faire les choses…
 
Quel est le métier le plus cool du monde ?
Franchement, ça n’a rien à voir avec mon métier mais ceux qui vont dans les hôtels pour checker si ils sont cool !
 
Quelle est la ville la plus cool pour manger ?
Ben j’ai envie de dire Lyon !
 
Et la moins cool pour manger ?
C’est Londres, parce que j’y ai vécu et c’est trop dur de trouver des bonnes choses pour manger.
 
Si il fallait choisir un seul style musical à écouter jusqu’à la fin des temps ?
Ah non mais je peux pas trop répondre là en fait… Spotify !
 
Qui est-ce que tu invites à ton diner parfait ?
Tout le monde !
 
Fuck Marry Kill : Sylvester Stallone, Barack Obama, Michael Fassbender?
Fuck: Michael Fassbender
Marry: Barack Obama
Kill: Sylvester Stallone

Planning Familial – Mon date avec des femmes

Planning Familial – Mon date avec des femmes

Mon date avec des femmes

 
Ce mardi matin, je sautais fièrement dans mes baskets. Le rendez-vous était surligné en fluo dans mon agenda et j’avais mis mon plus beau top. Stressée, incapable d’avaler quoi que ce soit, je m’étais rendue à mon date, accompagnée des deux Cacti Mamas, et quelques idées posées sur un carnet. Bref, ce mardi-là, j’avais rendez-vous avec des femmes.
 
Encastré dans une cité blanche futuriste, le planning familial de Villeurbanne se dévoile. Des tracts reposent dans un coin tandis que des plantes s’épanouissent dans un autre. On sent très vite que des femmes (parce que oui, ce moteur tourne à plein régiment uniquement grâce à des femmes) ont tenté de rendre le plus paisible un endroit principalement connu pour se faire avorter, demander une pilule du lendemain, ou apprendre sa séropositivité.

 
Seulement, le Planning Familial de Villeurbanne, ce n’est pas que ça. C’est aussi la réunion de luttes militantes, l’occasion d’être écouté.e.es, voire de restaurer une communication perdue dans son couple.
 
Fanny et Emmanuelle, accompagnées de Lorraine et Léa nous parleront de leur quotidien. Toutes quatre assises tel un gang en face de nous, elles ont su, avec des mots simples, nous expliquer comment dealer avec l’information sexuelle, malgré la pression sociale liée au genre.
 
Ici, ce sont couples, jeunes filles, hétéros, homos, amis qui viennent chercher ce que leurs familles ou médecins n’ont pas pu/su leur apporter : du soutien. Ici, accueillis direct par des assistantes sociales, on vient sans rendez-vous, mais avec plein de questions… Vont-elles pouvoir m’aider ? Que va penser ma famille si elle apprend que je suis enceinte ? Je veux avorter mais personne ne me délivre d’ordonnance… Qu’est-ce que je fais ?
 
« ON CONSEILLE PAS, ON ECOUTE. ON SE NOURRIT DE CE QUE LES GENS NOUS AMENENT»
 
Une mission : informer et préserver un accueil bienveillant sur la santé sexuelle, pas seulement des femmes, mais de tous ceux qui n’ont pas eu la chance de tomber sur les bonnes personnes. Quand je dis « bonnes personnes », je parle de celles dont le discours peut sembler, pour Emmanuelle, conseillère conjugale, «inquiétant, culpabilisant », voire « jugeant » pour Léa, assistante sociale. Face à ces attitudes impudentes, l’équipe du planning réagit en créant des fiches « incidents », qu’elles font remonter à des médecins ou des hôpitaux. Pour ces militantes averties, ces fiches sont de véritables supports pour alerter et améliorer les problèmes rencontrés durant des démarches pas anodines, telle que l’IVG. Malgré cela, leur travail se heurte fréquemment au niveau de formation des médecins, souvent trop léger en la matière, ainsi qu’au manque de coopération, de temps ou d’intérêt.
 
Du coup, concrètement, on a parlé de quoi, avec ces zouzes ? Bah de cul. De safe cul, du beau cul, celui qui ne tue pas et te rend libre. Libre d’en parler, de te protéger, de t’aimer. Libre de pas avoir d’enfants, même si tu as trente ans, un compagnon qui te chéri et un CDI. On a tout tripoté, tout regardé, tout questionné. On a fait de sacrées découvertes… Par exemple, tu savais, joli garçon qui me lit, qu’on pouvait réchauffer tes bijoux dans un slip comme contraception ? Et toi, petite meuf, qu’il y avait plus de contraceptifs féminins que de tacos sur la presqu’île ? Moi pas, et voilà.
Si pour ces femmes, l’information et l’accompagnement semblent être la clé de leur approche en tant qu’institution publique, c’est parce que le constat de l’inconnu pose son poing sur la table. L’inconnu de son corps, celui de son partenaire, mais surtout de la loi. Comment peut-on explorer notre vie sexuelle sans discerner le clitoris de l’urètre ? Et pour une IVG, sans connaître le droit à l’anonymat et la gratuité ? Ici, on combat le déterminisme pour accéder au choix, avant tout, de l’individu. Le parcours pour accéder à ses droits peut parfois être celui du combattant, encore trop souvent rythmé par la rencontre de personnels malveillants. C’est pourquoi Léa, Fanny, Lorraine et Emmanuelle luttent contre ces embûches, à la fois en tant que femmes, mais aussi citoyennes d’une société qui bouge.
 
Texte: Cécile Giraud

Jacqueline Delubac, mondaine raffinée et collectionneuse avisée.

Jacqueline Delubac, mondaine raffinée et collectionneuse avisée.

À l’évidence, Jacqueline Delubac est bien née. D’une famille qui a fait fortune sur le travail et le commerce de la soie lyonnaise, l’enfant manifeste toutefois une âme d’artiste. Elle veut danser, jouer, émerveiller. Elle n’a pas encore vingt ans, lorsqu’elle part s’installer, accompagnée de sa mère, à Paris, pour y tenter de vivre pleinement ses ambitions. Elle est repérée par un fameux revuiste lors d’une soirée chez des amis et Jacqueline démarre au théâtre de l’Empire dans une imitation de Joséphine Baker qui horrifie sa mère, doutant alors quelque peu des choix de carrière de sa fille. Mais la jeune femme exprime une infatigable volonté d’indépendance, à Paris elle fait les bonnes rencontres ainsi que ses débuts au cinéma en 1930.

Elle rencontre Sacha Guitry, ce dernier cherche alors une jeune et belle actrice française capable de jouer avec un accent anglo-saxon. Elle se présente simplement : « Moi, (…) venant de ma province, je n’avais pas une aussi grande admiration que les parisiens pour un acteur (…) je n’éprouvais pas le moindre trac à l’idée de cette rencontre1. » Ils partagent la scène pendant quelques mois et partent ensuite pour une tournée anglaise. Guitry tombe sous le charme, Jacqueline a la moitié de son âge, lui est déjà marié à Yvonne Printemps. Les deux amants échangent leurs vœux quelques années plus tard en 1935, juste au lendemain du divorce. Jacqueline jouera dans vingt-trois pièces et onze films de Guitry, mais elle est encore jeune et étouffe, elle dit qu’elle a : « trop de désirs (…). J’ai envie de danser, de m’amuser, de rire avec des compagnons de mon âge (…) » C’est ce qu’elle fait en 1938 lorsqu’elle quitte définitivement Sacha, emportant avec elle les parures de bijoux et peut être aussi une sensibilité nouvelle pour la peinture, héritée de ces années passées avec le collectionneur Guitry.
 
Jacqueline est mondaine, indépendante, elle est la Parisienne et fait partie des femmes les mieux habillées au monde selon Vogue2. Mais le beau n’est jamais vain chez cette femme qui acquiert ses premières œuvres autour de 1944, en revendant les bijoux de son ex-mari. Son premier tableau de maître est L’atelier aux raisins (1942) de Raoul Dufy. Au début des années 1950 elle met un terme à sa carrière d’actrice et se consacre pleinement à sa vocation de collectionneuse.
 
Une seconde moitié de vie passée à se forger un œil, à voyager entre Paris et New York dans les galeries les plus prestigieuses, pour cette femme qui ne fréquentait pas les salles de vente. Jacqueline Delubac meurt en 1997, après avoir été renversé par un cycliste à la sortie de la boutique Hermès rue du Faubourg-Saint-Honoré. Quatre ans auparavant, elle avait décidé de léguer sa collection au musée des beaux-arts de Lyon. Trente-cinq toiles d’artistes prestigieux comme Bacon, Monet, Manet, Renoir et Rodin rejoignent les collections du musée. Nous devons énormément à cette femme inspirée et sensible, forte et indépendante, que nous regardons aujourd’hui à travers cette incroyable collection.
 
1  In Genève actuel, du 20 septembre 1993. 
2  In Jacqueline Delubac, le choix de la modernité, Actes Sud – musée des Beaux-Arts de Lyon, 2014. 
 
Trois œuvres du legs Delubac à aller voir au musée des Beaux-Arts de Lyon :
– Francis Bacon (1909-1992), Etude pour une corrida, n°2, 1969.

 
– Wifredo Lam (1902-1982), La femme au couteau, 1950.

 
– Fernand Léger (1881-1955), Les deux femmes au bouquet, 1921.

 
Texte: Lucas Iannuzzi
Illustration: Jill Salinger

Iris Brey: Sexualités féminines, une révolution télévisuelle.

Iris Brey: Sexualités féminines, une révolution télévisuelle.

Avec son livre Sexe & the Series, Iris met en avant le nécessité des images qui brisent les tabous, que ce soit pour nous montrer une sexualité épanouie ou une violence abjecte. L’important, c’est qu’on pose des mots et des images afin que les femmes puissent enfin se sentir représentées dans les médias.
 
 

 
Transparent est la première série avec un personnage principal trans. Est-ce que cette série a popularisé la culture trans ?
Iris Brey: C’est abordé avec pédagogie, on suit le personnage avant sa transition et lors de son coming out. La question autour de la transsexualité devient alors accessible. Dans la deuxième saison, on montre Maura, une femme trans de plus de 60 ans avec une vie sexuelle. C’est vraiment important de montrer ça pour briser le tabou. Sortir de ces représentations pornos qu’on a autour de cette sexualité afin de créer un nouvel imaginaire.
 

 
La sexualité trans, en plus d’être tabou est aussi très voilée…
Le problème autour des sexualités trans est qu’on ramène tout aux organes génitaux « qu’est-ce qu’il y a entre ses jambes ?». On suit cette notion que sexe = pénétration. Il faut sortir de cette définition pour explorer le désir d’une autre manière.
 

Dans la culture mainstream, on ne voit pas de personnages trans, est-ce un problème ?
Ce n’est pas un problème car il faut bien commencer quelque part. La pensée Queer est une pensée radicale, de l’underground. Est-ce que le mainstream lui ferait perdre cet aspect ? Comment est-ce qu’un discours politisé évolue lorsqu’il change de médium ? Il y a une vraie question sur la valeur d’un objet culturel lorsqu’il passe à la télévision US, symbole de capitalisme. Moi je pense que faire émerger ses propos à la TV est justement un geste politique radical.
La représentation du viol est très limitée et problématique. Quelles séries savent en faire une image juste ?
Les scènes de viol sont souvent érotisées et renforcent la culture du viol en effaçant ce qui se passe réellement. C’est le cas dans Game of Thrones, où on se place du point de vue de l’homme. Il est nécessaire de troubler cette vision en montrant le point de vue de la personne violentée. Il faut oser dire que le viol bouleverse une vie entière, il faut montrer à la TV qu’on peut en parler.
Dans Mad Men, le viol marital de Joan est montré de son point de vue, nous sommes allongés sur la moquette avec elle, rien n’est érotisé. Jessica Jones, une super héroïne, arrive à articuler la violence psychique ressentie, c’est courageux dans une culture qui minimise l’expérience.
 

 
Bon, on va forcément parler du male gaze… !
On s’habitue à s’identifier au regard de la caméra, ce qui crée un manque, puisque la majorité des personnages principaux sont des hommes. La femme n’a pas de regard, pas d’identification. Une showrunneuse de The L Word me racontait qu’elle avait peur de représenter le viol de son personnage Jenny, craignant de tomber dans cette érotisation automatique. On arrive à un moment dans l’histoire de la TV où il faut réinventer le langage, se demander formellement comment positionner la caméra pour changer nos codes visuels.
 
Les femmes noires souffrent d’autant plus d’un manque de représentation télévisuelle.
Il y a cette idée médiatique qu’il existe UNE femme noire. Shonda Rhimes montre leur pluralité, dans Scandal et How to Get Away with Murder, ses héroïnes ont des postes hauts placés, elles sont complexes. Dans l’imaginaire collectif, cette vision est primordiale. Mais Issa Rae va plus loin avec Insecure, où l’identification à son personnage de trentenaire paumée est immédiate. Contrairement aux séries de Shonda Rhimes, où l’on reste dans un monde de blanc, Insecure présente une majorité de personnages noirs. Bousculant notre regard sur la société normée par FRIENDS & co.

 
Il y a un vrai enjeu global autour de la sexualité féminine…
La femme représentée avec une sexualité est très dérangeante. Dans notre culture divisée entre maman et putain, il y a une menace autour de cette notion. Il faut s’emparer de la question de point de vue et varier ses représentations. Plus on détourne le regard, plus l’ignorance et les violences augmentent. Montrer ces enjeux à la TV permet de ne pas faire d’un tabou un point aveugle mais au contraire d’ouvrir un dialogue.
Interview de Claudia Bortolino

Un étrange après-midi

Un étrange après-midi

Il lui était arrivé une chose étrange. Un après-midi de vacances éclatant de soleil, elle avait acheté plusieurs kilos de citrons verts et était sortie dans le jardin silencieux pour éclater les citrons à coup de revolver.

Parfois elle les touchait et des bouts de pulpe volaient dans tous les sens. Parfois elle les ratait et les coups de feu faisaient un bruit pas croyable dans le quartier, se répercutant aux parois immaculées des maisons, lui faisant siffler les tympans. Mais elle continuait de tirer, elle était décidée à dégommer tous ces citrons parfaits.
Elle aimait voir les bouts de citrons éparpillés partout dans l’herbe parfaite.
 
Elle aimait recharger le barillet fumant et se brûler les doigts. Elle aimait le choc que faisaient les coups de feu dans ton son bras, dans tout son corps, lui procurant l’envie de planter ses dents dans le de dos de Diego…
« Allô Diego ? … Je te dérange ? Non rien désolée. »
 
Elle aimait cette lumière éclatante à lui faire mal aux yeux. Et sur trois balles, une au moins atteignait sa cible.
 
Un chien aboyait de peur, à côté. Ça l’énervait, elle aurait bien aimé l’exploser lui aussi. Mettre du chien de partout dans le jardin des voisins. Mais elle se contenait, parce qu’elle était une femme raisonnable.
 
Quelque part, ça lui aurait fait envie qu’un voisin appelle les flics. elle les aurait tous eu, un par un. Entre les deux yeux, d’une balle rapide et brûlante comme la foudre.
Mais elle était une femme raisonnable.
 
Quel après-midi étrange, elle, les citrons, l’arme et le ciel d’un bleu parfait ou selon elle il n’y avait jamais eu aucun ange. Les anges, ça aurai été bien qu’ils descendent du ciel ou de grandes mouettes majestueuses et plaintives. Elle les aurait dégommés comme les citrons, puis elle aurait regardé les plumes tomber doucement.
Quelle étrange après-midi où, une arme à la main elle avait vu tant de beauté dans ce monde et en elle-même.
 
Elle sentait l’odeur de sa propre sueur, comme une épice rare et elle s’était dit qu’après un tel pied la meilleur idée aurai été d’envoyer une
balle dans sa propre tête. Une fois les citrons terminés, le canon dans la bouche, le métal brûlant contre les dents et BOUM !
 
Les morceaux de sa cervelle seraient retombés pour l’éternité dans le ciel bleu parfait.
 
Elle y avait pensé, sachant que c’était la meilleure idée.
Mais elle était une femme raisonnable alors elle bu un verre de lait glacé et s’en alla.
Elle était une femme raisonnable. Et c’est ce qui la perdit.
 
Texte: Xavier Prévot
Illustration: Lucie Mouton