Il lui était arrivé une chose étrange. Un après-midi de vacances éclatant de soleil, elle avait acheté plusieurs kilos de citrons verts et était sortie dans le jardin silencieux pour éclater les citrons à coup de revolver.

Parfois elle les touchait et des bouts de pulpe volaient dans tous les sens. Parfois elle les ratait et les coups de feu faisaient un bruit pas croyable dans le quartier, se répercutant aux parois immaculées des maisons, lui faisant siffler les tympans. Mais elle continuait de tirer, elle était décidée à dégommer tous ces citrons parfaits.
Elle aimait voir les bouts de citrons éparpillés partout dans l’herbe parfaite.
 
Elle aimait recharger le barillet fumant et se brûler les doigts. Elle aimait le choc que faisaient les coups de feu dans ton son bras, dans tout son corps, lui procurant l’envie de planter ses dents dans le de dos de Diego…
« Allô Diego ? … Je te dérange ? Non rien désolée. »
 
Elle aimait cette lumière éclatante à lui faire mal aux yeux. Et sur trois balles, une au moins atteignait sa cible.
 
Un chien aboyait de peur, à côté. Ça l’énervait, elle aurait bien aimé l’exploser lui aussi. Mettre du chien de partout dans le jardin des voisins. Mais elle se contenait, parce qu’elle était une femme raisonnable.
 
Quelque part, ça lui aurait fait envie qu’un voisin appelle les flics. elle les aurait tous eu, un par un. Entre les deux yeux, d’une balle rapide et brûlante comme la foudre.
Mais elle était une femme raisonnable.
 
Quel après-midi étrange, elle, les citrons, l’arme et le ciel d’un bleu parfait ou selon elle il n’y avait jamais eu aucun ange. Les anges, ça aurai été bien qu’ils descendent du ciel ou de grandes mouettes majestueuses et plaintives. Elle les aurait dégommés comme les citrons, puis elle aurait regardé les plumes tomber doucement.
Quelle étrange après-midi où, une arme à la main elle avait vu tant de beauté dans ce monde et en elle-même.
 
Elle sentait l’odeur de sa propre sueur, comme une épice rare et elle s’était dit qu’après un tel pied la meilleur idée aurai été d’envoyer une
balle dans sa propre tête. Une fois les citrons terminés, le canon dans la bouche, le métal brûlant contre les dents et BOUM !
 
Les morceaux de sa cervelle seraient retombés pour l’éternité dans le ciel bleu parfait.
 
Elle y avait pensé, sachant que c’était la meilleure idée.
Mais elle était une femme raisonnable alors elle bu un verre de lait glacé et s’en alla.
Elle était une femme raisonnable. Et c’est ce qui la perdit.
 
Texte: Xavier Prévot
Illustration: Lucie Mouton