Mon date avec des femmes

 
Ce mardi matin, je sautais fièrement dans mes baskets. Le rendez-vous était surligné en fluo dans mon agenda et j’avais mis mon plus beau top. Stressée, incapable d’avaler quoi que ce soit, je m’étais rendue à mon date, accompagnée des deux Cacti Mamas, et quelques idées posées sur un carnet. Bref, ce mardi-là, j’avais rendez-vous avec des femmes.
 
Encastré dans une cité blanche futuriste, le planning familial de Villeurbanne se dévoile. Des tracts reposent dans un coin tandis que des plantes s’épanouissent dans un autre. On sent très vite que des femmes (parce que oui, ce moteur tourne à plein régiment uniquement grâce à des femmes) ont tenté de rendre le plus paisible un endroit principalement connu pour se faire avorter, demander une pilule du lendemain, ou apprendre sa séropositivité.

 
Seulement, le Planning Familial de Villeurbanne, ce n’est pas que ça. C’est aussi la réunion de luttes militantes, l’occasion d’être écouté.e.es, voire de restaurer une communication perdue dans son couple.
 
Fanny et Emmanuelle, accompagnées de Lorraine et Léa nous parleront de leur quotidien. Toutes quatre assises tel un gang en face de nous, elles ont su, avec des mots simples, nous expliquer comment dealer avec l’information sexuelle, malgré la pression sociale liée au genre.
 
Ici, ce sont couples, jeunes filles, hétéros, homos, amis qui viennent chercher ce que leurs familles ou médecins n’ont pas pu/su leur apporter : du soutien. Ici, accueillis direct par des assistantes sociales, on vient sans rendez-vous, mais avec plein de questions… Vont-elles pouvoir m’aider ? Que va penser ma famille si elle apprend que je suis enceinte ? Je veux avorter mais personne ne me délivre d’ordonnance… Qu’est-ce que je fais ?
 
« ON CONSEILLE PAS, ON ECOUTE. ON SE NOURRIT DE CE QUE LES GENS NOUS AMENENT»
 
Une mission : informer et préserver un accueil bienveillant sur la santé sexuelle, pas seulement des femmes, mais de tous ceux qui n’ont pas eu la chance de tomber sur les bonnes personnes. Quand je dis « bonnes personnes », je parle de celles dont le discours peut sembler, pour Emmanuelle, conseillère conjugale, «inquiétant, culpabilisant », voire « jugeant » pour Léa, assistante sociale. Face à ces attitudes impudentes, l’équipe du planning réagit en créant des fiches « incidents », qu’elles font remonter à des médecins ou des hôpitaux. Pour ces militantes averties, ces fiches sont de véritables supports pour alerter et améliorer les problèmes rencontrés durant des démarches pas anodines, telle que l’IVG. Malgré cela, leur travail se heurte fréquemment au niveau de formation des médecins, souvent trop léger en la matière, ainsi qu’au manque de coopération, de temps ou d’intérêt.
 
Du coup, concrètement, on a parlé de quoi, avec ces zouzes ? Bah de cul. De safe cul, du beau cul, celui qui ne tue pas et te rend libre. Libre d’en parler, de te protéger, de t’aimer. Libre de pas avoir d’enfants, même si tu as trente ans, un compagnon qui te chéri et un CDI. On a tout tripoté, tout regardé, tout questionné. On a fait de sacrées découvertes… Par exemple, tu savais, joli garçon qui me lit, qu’on pouvait réchauffer tes bijoux dans un slip comme contraception ? Et toi, petite meuf, qu’il y avait plus de contraceptifs féminins que de tacos sur la presqu’île ? Moi pas, et voilà.
Si pour ces femmes, l’information et l’accompagnement semblent être la clé de leur approche en tant qu’institution publique, c’est parce que le constat de l’inconnu pose son poing sur la table. L’inconnu de son corps, celui de son partenaire, mais surtout de la loi. Comment peut-on explorer notre vie sexuelle sans discerner le clitoris de l’urètre ? Et pour une IVG, sans connaître le droit à l’anonymat et la gratuité ? Ici, on combat le déterminisme pour accéder au choix, avant tout, de l’individu. Le parcours pour accéder à ses droits peut parfois être celui du combattant, encore trop souvent rythmé par la rencontre de personnels malveillants. C’est pourquoi Léa, Fanny, Lorraine et Emmanuelle luttent contre ces embûches, à la fois en tant que femmes, mais aussi citoyennes d’une société qui bouge.
 
Texte: Cécile Giraud