Avec son livre Sexe & the Series, Iris met en avant le nécessité des images qui brisent les tabous, que ce soit pour nous montrer une sexualité épanouie ou une violence abjecte. L’important, c’est qu’on pose des mots et des images afin que les femmes puissent enfin se sentir représentées dans les médias.
 
 

 
Transparent est la première série avec un personnage principal trans. Est-ce que cette série a popularisé la culture trans ?
Iris Brey: C’est abordé avec pédagogie, on suit le personnage avant sa transition et lors de son coming out. La question autour de la transsexualité devient alors accessible. Dans la deuxième saison, on montre Maura, une femme trans de plus de 60 ans avec une vie sexuelle. C’est vraiment important de montrer ça pour briser le tabou. Sortir de ces représentations pornos qu’on a autour de cette sexualité afin de créer un nouvel imaginaire.
 

 
La sexualité trans, en plus d’être tabou est aussi très voilée…
Le problème autour des sexualités trans est qu’on ramène tout aux organes génitaux « qu’est-ce qu’il y a entre ses jambes ?». On suit cette notion que sexe = pénétration. Il faut sortir de cette définition pour explorer le désir d’une autre manière.
 

Dans la culture mainstream, on ne voit pas de personnages trans, est-ce un problème ?
Ce n’est pas un problème car il faut bien commencer quelque part. La pensée Queer est une pensée radicale, de l’underground. Est-ce que le mainstream lui ferait perdre cet aspect ? Comment est-ce qu’un discours politisé évolue lorsqu’il change de médium ? Il y a une vraie question sur la valeur d’un objet culturel lorsqu’il passe à la télévision US, symbole de capitalisme. Moi je pense que faire émerger ses propos à la TV est justement un geste politique radical.
La représentation du viol est très limitée et problématique. Quelles séries savent en faire une image juste ?
Les scènes de viol sont souvent érotisées et renforcent la culture du viol en effaçant ce qui se passe réellement. C’est le cas dans Game of Thrones, où on se place du point de vue de l’homme. Il est nécessaire de troubler cette vision en montrant le point de vue de la personne violentée. Il faut oser dire que le viol bouleverse une vie entière, il faut montrer à la TV qu’on peut en parler.
Dans Mad Men, le viol marital de Joan est montré de son point de vue, nous sommes allongés sur la moquette avec elle, rien n’est érotisé. Jessica Jones, une super héroïne, arrive à articuler la violence psychique ressentie, c’est courageux dans une culture qui minimise l’expérience.
 

 
Bon, on va forcément parler du male gaze… !
On s’habitue à s’identifier au regard de la caméra, ce qui crée un manque, puisque la majorité des personnages principaux sont des hommes. La femme n’a pas de regard, pas d’identification. Une showrunneuse de The L Word me racontait qu’elle avait peur de représenter le viol de son personnage Jenny, craignant de tomber dans cette érotisation automatique. On arrive à un moment dans l’histoire de la TV où il faut réinventer le langage, se demander formellement comment positionner la caméra pour changer nos codes visuels.
 
Les femmes noires souffrent d’autant plus d’un manque de représentation télévisuelle.
Il y a cette idée médiatique qu’il existe UNE femme noire. Shonda Rhimes montre leur pluralité, dans Scandal et How to Get Away with Murder, ses héroïnes ont des postes hauts placés, elles sont complexes. Dans l’imaginaire collectif, cette vision est primordiale. Mais Issa Rae va plus loin avec Insecure, où l’identification à son personnage de trentenaire paumée est immédiate. Contrairement aux séries de Shonda Rhimes, où l’on reste dans un monde de blanc, Insecure présente une majorité de personnages noirs. Bousculant notre regard sur la société normée par FRIENDS & co.

 
Il y a un vrai enjeu global autour de la sexualité féminine…
La femme représentée avec une sexualité est très dérangeante. Dans notre culture divisée entre maman et putain, il y a une menace autour de cette notion. Il faut s’emparer de la question de point de vue et varier ses représentations. Plus on détourne le regard, plus l’ignorance et les violences augmentent. Montrer ces enjeux à la TV permet de ne pas faire d’un tabou un point aveugle mais au contraire d’ouvrir un dialogue.
Interview de Claudia Bortolino