Mes enfants, aujourd’hui nous allons traverser le monde, littéralement. On va au Japon. Oui, aujourd’hui pour le premier épisode de cette master class sur le porno je vais vous parler du Hentai.
 

*explosion de fumigènes et lumières violettes*
 
Faisons d’abord un petit tour d’horizon du : c’est quoi ? pourquoi ? comment ? et what the fuck le Hentai est né.
 
Tout d’abord ; Hentai, ça veut dire « perversion » (déjà, ça annonce la couleur) mais ça veut aussi dire transformationbizarre et métamorphose. Ce n’est qu’à partir de 1920 que le mot est associé à une sexualité dite « déviante ». Les problématiques principales du Hentai sont *roulement de tambours* : sadisme, sadomasochisme, inceste, viol, zoophilie et copulation avec des monstres imaginaires. Elles sont représentées principalement sous forme de manga, de dessins animés ou de jeu vidéo.
 
Et là j’entends déjà Gaspard le relou crier du fond de la classe « Ouiii mais euuuh que fait la police, et Greenpeace et les féministes et Jean-Michel Godard ! » Déjà Gaspard, tout le monde te déteste alors ferme-la.
 
Mais tu as un peu raison. Comment expliquer que ces représentations qui sont punies en Occident (quoique, on y reviendra plus tard), soient tolérées au Japon ?
Déjà, le Japon est assez flou sur la question, juridiquement parlant tout du moins. En 1907 apparaît la loi 275 dans le code pénal japonais, qui indique que « Toute personne qui distribue, vend ou expose au public, des documents, des dessins ou autres objets obscènes sera puni. » Jugés « obscènes », trop marrant.
Mais soit, à l’époque de nombreux auteurs jouent le jeu et décident de contourner la censure, et c’est dans ces années fleurissantes d’interdits que se fondent les bases du Hentai moderne.
 
Car les mangaku (les dessinateurs de manga) sont des êtres fourbes certes, mais artistiquement très intelligents. Si le grand Hokusai est le premier à avoir infiltré les poulpes dans le dessin érotique en 1914 (La femme du pêcheur et le poulpe pervers) ; le premier à avoir contourné la censure à des fins sexuellement plus que bizarres est notre ami Toshio Maeda, qui sera le précurseur du shokushu (une des catégories des Hentai basée sur le sexe avec des créatures tentaculaires aquatiques). Ils transforment donc notre ami Paul Le Poulpe en un être sexuellement actif, bardé de 8 tentacules, et d’une centaine de ventouses qui suçotent goulument le corps frêle et fragile d’une gamine de 13 ans.
 
« Caroline, non, Caroline arrête de pleurer, je n’ai pas prévu d’atelier à la fin du cours. »
 
Car oui, les japonais sont forts quand il s’agit de contourner le politiquement pas du tout correct.

Introduction au Lolicon

& à la culture du viol

dans le Hentai.

J’entends déjà notre nouvelle arrivante Fatou murmurer dans le fond de la classe « Eh mais le loliconc’est un mec qui dit Lol et qui est con. » Alors non Fatou.
Le lolicon c’est une catégorie dans le Hentai, qui montre de très jeunes filles, de très très jeunes filles avoir des relations sexuelles. Pour vous donner une idée, la majorité sexuelle en France est à 15 ans. Au Japon la majorité sexuelle est à 13 ans.
 
Je vous entends déjà meugler d’ici « Ouloulou 13 ans c’est super jeune, les japonais c’est des pédophiles ! » Je vous rappelle donc qu’en France en 1977, une pétition a été signée par (entre autres) Simone de Beauvoir, Jack Lang, Jean-Paul Sartre et Gilles Deleuze pour que les relations entre majeurs et mineurs, qu’elles soient homosexuels ou hétérosexuels, soient autorisées. Mineurs, entendons-nous c’est en dessous de la majorité sexuelle, donc moins de 15 ans. Alors pouét-pouét. Parce que si vous voulez je peux aussi vous rappeler que le roman Lolita de Nabokov est sorti en 1955, et que Serge Gainsbourg chantait Lemon Incest avec Charlotte en 1986 et qu’à l’époque elle avait 12 ans.
 
L’image de la Lolita existe depuis la nuit des temps, la seule différence c’est qu’en occident on a tendance à lui donner une image de femme fatale perdue avec une cigarette à la main, qui conforte l’image du mâle viril et sauveur. Alors qu’au Japon, ils préfèrent l’image de cette très jeune fille en jupe plissée, infantilisée, avide d’apprendre. Mais apprendre quoi ?
 
Déjà elle commence par apprendre à fermer sa gueule. Les particularités des personnages féminins dans le Hentai, c’est qu’elles sont rarement consentantes, la plupart du temps les situations sexuelles se résument à :

  • Parce que la jeune fille doit baiser pour sauver sa vie.
  • Un ordre venant du père. Genre t’es invitée à une réunion et tu dois sucer tous ses potes.
  • Un pouvoir surnaturel de l’homme qui fait que la fille est possédée par l’esprit de la sodomie.
  • Un ordre venant du frère. Qui dit que tu dois sucer toute ta famille.
  • Parce qu’elle est sous la menace d’une arme.

 
Tous ces scénarios, je les ai trouvés à la bibliothèque les enfants, pas besoin de chercher beaucoup, ils sont dans les Hentai les plus connus.
Mettons nous tous d’accord sur ce que c’est que le viol. Le viol est l’acte par lequel une personne est contrainte à un acte sexuel, par la force, surprise, menace, ruse ou plus largement, sans son consentement.
 
Bien sûr, c’est bien loin des pornos occidentaux, qui sont si respectueux des femmes et de leurs désirs. « Hé c’est pas vrai Maîtresse, dans les pornos que mon frère il regarde les femmes elles sont traitées comme des moins que rien ! Les mecs c’est tous des slut-shamers ! »
 
ANTONIO JE SAIS C’ÉTAIT DU CYNISME ! Pour la peine c’est toi qui illustrera la chronique de cette semaine. La culture du viol dans le porno occidental sera à l’affiche du cours de la semaine prochaine.
 

 
Le Hentai, malgré ses origines ancestrales et poulpeuses, nous invite tout de même à nous poser la question de la représentation.
C’est du dessin, d’accord. Ce ne sont pas des gens vivants,
ok.
 
Est-ce que c’est une raison valable pour véhiculer une sexualité où la femme est écrasée aux détriments des désirs de l’homme ?
Absolument pas.
 
Est-ce que l’image se dédouane de toutes responsabilité parce que c’est une image ?
Fuck no les kiddos.
Alors le sexe conscient dans le porno est t-il une utopie ? La violence sur les femmes est-elle et la seule manière de faire bander les mecs ? Et puis nous, les filles, on a quoi à part le porno gay?
 
Nous essayerons de répondre à ces questions dans le cours de la semaine prochaine, qui aura pour sujet…Soyez présents pour le savoir!
 
Texte: Camille Dochez