Lundi matin, assise sur mes toilettes je fais pipi sur l’oracle de la fertilité, quelques minutes plus tard Jean-Michel ClearBlue m’annonce la présence d’un polichinelle dans mon tiroir.
Il s’agissait donc de retenir la descente d’organe imminente, de rester stable sur ses appuis, et de respirer avec le ventre.
Après m’être félicitée de pouvoir fabriquer autre chose qu’un collier de nouilles, je roule vite ma bille dans ma tête. « Camille, tu as des rêves à accomplir et un morveux qui sort de ton utérus dans les prochains mois ne fait pas partie de ta liste. »
Courte histoire d’un périple sur le chemin de l’avortement.
 

 
 
 
Après une expédition réconfortante au Planning Familial, je suis à l’hôpital, quartier Interruption Volontaire de Grossesse.
Les infirmières sont comme dans les films, roses et gentilles. L’une d’elle me donne un premier médicament, celui qui doit stopper la grossesse, on me passe plein de papiers à signer et une papillote.  Je suis censée rentrer chez moi. C’était sans compter sur Monsieur José Nausée.  Je dégobille la précieuse pilule sur le carrelage de l’hôpital.  Deuxième essai : deuxième pilule. Je vomis dans le taxi pour rentrer (pardon à toi Joe).
Je retourne à l’hôpital, les infirmières rigolent un peu devant Vomito la Menace (c’est moi). Dans leur salle de garde, elles m’obligent à manger des biscuits pour que j’évite de rendre. Encore. Troisième essai : la pilule reste dans mon corps. Booyah !
On me donne une bonne poignée de papillotes et je rentre chez moi.
Deux jours plus tard, je repars à l’hôpital pour LE médicament, celui qui expulse le haricot indésirable-indésiré. Le graal pour retrouver possession de mon corps, pour arrêter de gerber partout, pour refumer des clopes, et finir ma carte de fidélité Best Bagels.
L’infirmière me dit que ça va faire mal, mais qu’on peut m’amener le gaz qui fait marrer (et qui, accessoirement atténue la douleur.)
Très angoissée par les médicaments et les drogues ; je me persuade que je suis une guerrière, et que je vais accoucher de ce morceau de foie de volaille sans analgésique.
5 minutes après, je crie à qui veut l’entendre que jamais je ferai de gamins si les contractions ressemblent à ça, et l’infirmière présente de me répondre « Oh tu sais gamine, ça à côté c’est du pipi de chat !». Okay Madame, maintenant apporte moi ce p***** de masque.
Après 20 bonnes minutes de lutte avec ou contre mon utérus, il faut pousser pour que le glaviot sorte et bien sûr « C’est mieux de faire ça dans la bassine prévue à cet effet. » Bueno appétito.
Je m’exécute, Boum. Ris-de-Veau sauce betterave. Je colle pendant une bonne dizaine de minutes devant ce truc qui aurait pu devenir président.e ou astronaute.
 

 
 
 
Et puis c’est terminé. Presque instantanément les symptômes disparaissent. Les nausées, les seins énormes, la fatigue, le stress.  Je ne menace plus de m’écraser l’oignon sur le carrelage. Mon corps se remet en marche, après 7 semaines j’ai l’impression qu’on me le rend enfin.
Fini. Le stress des rendez-vous, les nuits blanches avec la main sur le ventre, la peur d’être jugée et les jugements. Tout ça c’était fini. Mais tout ça c’était rien à côté des modifications physiques que cette grossesse non désirée a pu infliger à mon corps ; je le considère comme ma maison, et le plus traumatisant à été de lui avoir fait subir ça.
Savoir que quelque chose que tu n’as pas invité prend possession de ton corps est probablement la pire sensation à laquelle j’ai été confrontée. Et tant que le dernier médicament n’est pas pris, Dracula continue de s’installer dans ton utérus, et de grandir.
Alors protégez Fabrizzio Glando et Clarisse Utérusse d’un éventuel écart de latex. Dieu bénisse Simone, dieu bénisse les capotes et dieu bénisse l’Améri.. nan pardon !