Tout le monde se souvient de sa première fois. Le lieu, le jour, le contexte, le niveau de stress et comment nous avons pu nous livrer à l’autre dans un premier moment d’intimité pur. Un instant de romance placé sous le signe d’un poster Lamborghini ; le tout dans un silence presque absolu, histoire de ne pas réveiller votre sœur qui dort à côté.
 
Mais personne ne parle de sa deuxième fois. La deuxième fois, c’est encore bien pire que la première fois.

 
Lorsque vous « faites l’amour » pour la première fois, malgré les conventions, vous êtes encore« libre ». On vous laisse même un semblant de droit à la maladresse, comme si la première fois était un premier jour de travail où l’erreur était permise, voir même encouragée pour passer le rite initiatique. Mais tout change à partir de l’instant où vous aller faire l’amour pour la seconde fois. Là tout devient radicalement différent. Vous l’avez fait une première fois, donc vous maîtrisez les bases, du moins de ce que vous en avez lu sur Doctissimo, et vous devez vous débrouiller pour gérer le plaisir de votre partenaire. Car évidemment, quand on est une femme et qu’on a un rapport sexuel hétéro, ce n’est pas votre plaisir qui est visé, c’est bien celui de l’homme, tous ceux qui sont allés à l’école du porno le savent.
 
Fellation, Cunnilingus (pour les chanceuses !), Missionnaire, Levrette, Ejaculation. Ces cinq mots résument l’entité du rapport sexuel de base. Pas de folies « déviantes » ni de pratiques peu courantes (Attention, le cunnilingus ne nuit pas à la santé). Esclave d’une sexualité contrôlée, la femme, dans sa situation sociale, se retrouve contrainte aux gémissements imposés et à la simulation normalisée. Plus de plaisir, juste un CDD d’usage sans période d’essai. Comme si la pression ne suffisait pas, il reste bien évidemment le bouche à oreille.

La sexualité c’est comme Game of Thrones, tout le monde en parle.
Orientations et pratiques sont toujours sujettes à discordes et débats endiablés. Car si la femme n’est pas maîtresse de l’acte, l’être humain en général ne l’est pas plus de sa sexualité. Dans un esprit d’étude presque scientifique, chaque pratique est étiquetée, classée et rangée dans une catégorie que l’on pourra retrouver sur n’importe quel site « pour adultes ». En dehors des conventions admises, pas de pitié. Déviants et malades se retrouvent bannis de la société ou se voient dans l’obligation de se cacher pour « pratiquer », au risque de se retrouver châtié sur la place publique.
 

De plus, fort de cette nouvelle science du XXIème siècle, le sexe est aussi devenu un sport, par plusieurs aspects presque olympiques. Tout le monde en parle, et tout le monde cherche à se qualifier en finale. Finale de quoi ? La performance ultime, se faire surnommer « Le meilleur coup de sa vie ». Les hommes notent les femmes selon leurs goûts et les femmes se retrouvent affublées de compétences et qualités qui apparaitront dans leurs bilans annuels. Si une femme a le malheur de faire de même, à savoir élargir son champ d’étude ou se permettre simplement de noter les prestations, son surnom passera rapidement de « Mademoiselle » à « salope ». Rien que de voir le reflet de son propre système, l’homme se trouve dégoûté et préfère reprendre les rênes.
 

La deuxième fois est pire que la première.
C’est à partir de la deuxième fois que tu te retrouves sous la pression sociale d’une sexualité hétéronormée. C’est à partir de la deuxième fois que le sexe devient, une obligation sociale. C’est à partir de la deuxième fois que ton sexe devient la cause de ta catégorisation.
La deuxième fois, c’est toujours la pire.
 
 
Texte: Sylvain Thomasson
Photo: Jill Salinger