Letters to Amelia

Letters to Amelia

Dear Amelia,
Our love went beyond mountains and canteens,
But stopped when you met my brother.
 

 
Dear Amelia,
I would love to send you a cat by mail but I doubt postmen ship in Hell.
And if they did; even cats, who are known to be evil,
Could’t stand your mean jokes.
 
 
Dear Amelia,
Your heart was red, cosy, warm, fuzzy and black,
from all those cigarettes and that’s why you died.
 
Dear Amelia,
Do you absolutely have to be dead ?
We still have bills to pay
 
Dear Amelia,
You used to say  » Never say Never, say  Never in Hell! »
Now it’s you, who are in Hell.
 
Dear Amelia,
No, nothing.
 
Texte: Claudia Bortolino
Illustrations: Lucie Mouton

Decibelles : Les belles bruyantes

Decibelles : Les belles bruyantes

Quelque chose m’a échappé. C’est l’histoire d’un groupe : Decibelles et de ma cécité manifeste à son endroit. N’étant pas vraiment un pourfendeur de l’immobilisme musical qui, chaque jour, gagne un peu plus de terrain sur les ondes, j’essaye juste de rester un type ouvert et curieux.
 
C’est en soi une vue de l’esprit, j’en conviens, puisque je reste tributaire de styles, d’étiquettes que l’industrie musicale aime coller sur les artistes qu’elle ne comprend pas et qu’elle ne saurait vendre. Mais cette industrie, je l’alimente régulièrement avec de maigres contributions pécuniaires dans un triste full-circle, ignorant probablement quantités de groupes, c’est malheureux je sais. Ainsi il y a de cela trois ans, j’entendais pour la première fois leur nom : Decibelles.
 
Il était question d’un trio féminin de Lyon qui pratiquait de l’indie punk aux accointances noise. J’étais déjà brassé par l’éternel ressac des genres. Alors oui je suis de Lyon comme elles, mais je ne suis pas un enfant du punk et je qualifie parfois de pop les fantasques Ulver. Comprenez bien qu’entre ces derniers et Decibelles, les jambes de Jean Claude ne suffisent plus à joindre les deux rails. Alors la supposée curiosité dont je me faisais le chantre devait logiquement m’emmener à elles. Il n’en fut rien. Je ne me l’explique pas, peut-être que j’accordais trop d’importance à ces qualificatifs, c’est idiot, déso. Rien n’est immuable cela dit ; ce groupe est resté là, dans un coin de ma tête. Nous voilà trois ans plus tard et l’opportunité de les rencontrer s’est présentée.  Il y a environ dix ans, sur les hauteurs de Grenoble dans un Vercors que j’ai moi-même connu enneigé la moitié de l’année, Fanny Bouland (batteuse) et Sabrina Duval (guitariste) forment Decibelles. Pedro Joko, leur premier album, voit le jour début 2011, suivront trois formats courts.
 
Aujourd’hui les Decibelles sont trois, Julia est arrivée pour grossir les rangs il y a quelques mois au poste de bassiste et elles présentent leur deuxième album, Tight (sorti le 31 mars chez Kidnap Music). Dix titres fougueux, matures et directs. Des titres plus courts aussi, sous la barre des deux minutes, loin des expérimentations de leur précédente sortie SLEEP SLEEP, peut- être parce qu’il faut pouvoir les imaginer joués live : «on mise sur les titres les plus forts, si on n’arrive pas à se faire plaisir dessus sur scène cela ne sert à rien.» Sans idée péremptoire sur comment devrait sonner leur musique, elles ne se posent aucune contrainte dans les phases de composition qui partent le plus souvent de ce qu’elles aiment écouter, de ce qui leur plaît chez d’autres, comme Meat Wave qui fait l’unanimité. Du coup, elles se jouent des étiquettes et prennent le truc à contrepied quand elles justifient le peu de textes chantés en Français : «c’est dur, on a du mal à trouver des lignes de chant avec des textes en Français. Ça sonne moins bien, mais c’est aussi parce qu’on est des filles par rapport à nos tessitures on peut vite tomber dans un  truc assez niais. »
 
Loin de répondre aux sirènes commerciales qui leur intimeraient l’usage de la langue de Shakespeare pour s’assurer une place au soleil aux côtés des déjà cités Meat Wave et autres Shellac, elles mènent leur barque comme elles le veulent. Une intégrité qui porte ses fruits lorsque les grands Shellac leur demandent d’assurer leur première partie sur plusieurs dates de leur tournée européenne.
 
Elles nous disent être impatientes et sans peurs : «On a déjà joué avec eux, on n’était pas très fortes et ils étaient vraiment cool ! Ils nous avaient bien aimé, ils nous ont rappelé donc…» Fanny ajoute : « C’est genre des papas qui font pas peur ! » La simplicité semble rimer avec authenticité lorsqu’il s’agit de ces filles qui prouvent sur leur dernier album qu’elles n’ont cure des postures et autres clichés parfois véhiculés à leur endroit. On peut donner dans les choeurs punks sur Hu ! Hu !, lancer un cri de ralliement sur Les Yeux Secs, sans se voir affublé du sobriquet punkettes, n’en déplaise à certains. Oui parce que l’on peut aussi assurer de belles lignes de chants sur All Wet et simplement déclamer sur Le Seum.
 
Ce dernier morceau de l’opus est un des meilleurs. Savant mélange d’accords dissonants et de puissantes montées. Toute en tension, l’instrumentale accompagne un texte simple et grinçant qui fait une liste non exhaustive des petites choses de la vie qui agacent ces demoiselles : il y a bien d’autres choses qui nous foutent le seum, mais nous n’avions pas assez de couplets pour le dire…
 
Dans Le SeumDecibelles brise le fameux quatrième mur et Sabrina s’adresse directement à nous coupant court aux stériles tergiversations : «J’vais pas faire de la poésie car j’en ai rien à foutre, si tu arrives jusqu’ici c’est bien que tu m’écoutes. «
Une meilleure conclusion ?
Texte: Lucas Iannuzzi

Nouvelles Vagues

Nouvelles Vagues

Le constat est sans appel, le cinéma – comme la plupart des institutions culturelles – n’est pas une activité mixte ou alors à la marge. Rappelons que cette année, à Cannestrois femmes étaient en sélection officielle sur 19 réalisations, nombre record, stagnant depuis l’an dernier.
Le bilan de l’autre côté de l’Atlantique n’est guère plus mirobolant : Kathryn Bigelow est la seule femme à avoir remporté l’Oscar du Meilleur Film et celui de la Meilleure réalisation, il y a déjà 7 ans pour Démineurs (2010).
Constat sans appel donc, qui s’explique aisément par des structures historiques et culturelles très fortes, mais qui ne semble pourtant pas en adéquation avec le nouveau souffle apparu à partir des années 2000 et l’émergence croissante de réalisatrices talentueuses et reconnues.
On aurait pu parler de Maren Ade, des françaises Céline SciammaJustine Triet, d’Andréa Arnold,de Sofia Coppola et de tant d’autres. Mais on préfère mettre l’accent sur une toute nouvelle génération. Anna Rose Holmer et Rosemary Myers ont un point commun : la sortie en France, en ce début d’année 2017, de leur premier film. The Fits, pour la première – sorti en janvier – et Fantastic Birthday, pour la seconde – sorti à la fin du mois de mars – sont passés presque inaperçus dans la mécanique infernale de l’actualité. Ils sont pourtant deux jolies réussites.
 
Que ce soit Gus Van Sant pour The Fits ou Wes Anderson pour Fantastic Birthday, ces deux premiers opus se réfèrent à des cinéastes majeurs du début du 21e siècle, en surface seulement, pour mieux les déborder. Holmer reprend les codes formels d’Elephant par une observation méticuleuse et stylisée de la jeunesse américaine, à travers de longs travellings-avant qui cartographient les couloirs et les salles d’un gymnase, son unique décor. Myers, de son côté, fait preuve du même maniérisme visuel que son illustre modèle (format carré, symétrie des plans, jeux de couleurs vives) mais abandonne tout l’aspect mécanique (on compare souvent les films de Wes Anderson à des maisons de poupées animées) pour une douceur et une fluidité qui emmènent le film ailleurs, vers une dérive plus onirique, plus fantastique.
 

 
Thème commun aux deux films – par ailleurs largement répandu dans cette nouvelle vague féminine mondiale, pensons à Grave de Julia Ducournau, dans un autre genre – le mal-être adolescent et le difficile passage à l’âge adulte, du point de vue des filles. A l’ombre d’A nos Amours, mais surtout depuis Virgin Suicides de Sofia Coppola – cinéaste pionnière – le sujet est enfin sorti de son carcan et devenu un lieu de réflexions et de saillies artistiques.
 

The Fits ose le fantastique : Tony, sa jeune héroïne androgyne, est de plus en plus attirée par un groupe de jeunes danseuses qui s’entrainent au premier étage de sa salle de boxe. Une à une, les filles sont atteintes d’étranges convulsions, proches parfois de l’extase. L’enjeu du film est moins l’explication ou la guérison, que la recherche dans cette sensation extraordinaire, dans ce frisson de volupté, une sorte d’essence de la féminité dans une jouissance mystérieuse.
Bande Annonce – The Fits
 

Fantastic Birthday, quant à lui, s’empare du merveilleux, plongeant Greta – apeurée par la fête d’anniversaire géante que lui a organisée sa maman pensant bien faire – dans un songe peuplé de créatures tantôt effrayantes, tantôt amicales, des figures fondamentalement psychanalytiques. Il y a, dans ces deux jolis films, une envie de propositions formelles nouvelles qui en dit beaucoup sur le rafraîchissement du paysage cinématographique qui se prépare. En se réappropriant une façon de faire et de penser le cinéma, stylisé et non académique tout en le dépassant, on assiste peut-être enfin à l’émergence d’une véritable expression féminine et féministe, loin des maquillages hypocrites – morales disneyennes et autres femmes super-héros aux attributs essentiellement masculins – que l’on nous servait habituellement.
Bande Annonce– Fantastic Birthday
 
Texte: Thomas Choury
 

Chronique d’une dame avec des grosses fesses

Quand j’étais petite je voulais faire tous les métiers du monde ; astronaute, chef cuistot, soigneuse dans un zoo, éleveuse de chiens saucisses. Mais ça faisait beaucoup d’études, et beaucoup d’argent, et je n’aurais jamais eu le temps de tout faire. Alors j’ai choisi le métier qui me permettait de tout faire, d’être qui je voulais et de pouvoir changer tout le temps. Donc forcément je suis devenue comédienne.
 
Le problème, c’est que c’est toujours difficile d’exercer un métier où on nous « juge » sur ce que l’on est. Toi, ton corps, et tes Vans Buzz L’Éclair porte-bonheur que tu mets toujours pour aller en casting. C’est difficile de recevoir un mail où on te dit que tu es trop vieille pour le rôle, alors que tu es l’enfant caché de France Gall quand elle avait 8 ans et de Pollux (sans les poils). Et c’est d’autant plus difficile quand on est une jeune femme en construction, et qu’on n’aime pas ses grosses fesses.
 

 
Un jour sur un tournage, je me retrouve en culotte pour un plan sur mes cuisses, et le cadreur ne trouve rien de mieux à dire qu’il faut maquiller les cuisses, parce qu’on voit les vergetures, les tâches violettes, les veines. La maquilleuse arrive, avec ses bidules de maquilleuse pour cacher mes cuisses qui sont apparemment trop moches pour le monsieur qui tient la caméra. Je peux vous dire que c’est assez difficile d’aimer son métier dans des moments comme ça, c’est aussi assez difficile d’aimer son corps.
 
Alors que faire ? Première solution, accepter l’humiliation ultime de ne pas avoir un corps qui correspond aux normes cinématographiques et partir dans le porno (catégorie grosses fesses). Deuxième solution, correspondre aux normes, prendre un abonnement dans une salle de sport, manger des cotons imbibés d’eau, et se détester encore plus. Troisième solution, être qui je suis, lustrer mes grosses fesses et m’asseoir sur les gens qui ne les aiment pas.
J’ai choisi la troisième solution, même si je me suis perdue dans la deuxième pendant un moment.
 
Une fois, une fille avec des grosses fesses (comme quoi on n’est jamais seule) me dit que je lui faisais du bien, parce que mes grosses fesses sont jolies, et elles sont jolies parce que je les aime, et que ça lui donnait envie d’aimer les siennes aussi.
C’est toujours un combat difficile de devenir ce qu’on est, d’accepter de ne pas être quelqu’un d’autre. De devenir une grande fille, avec ses grosses fesses, et de continuer d’aller aux castings avec mes Vans Buzz l’Éclair porte-bonheur.
Texte: Camille Dochez
 

Manon Steun

Manon Steun

Manon Steun, styliste fraîchement diplômée de ESMOD Lyon en 2016, sort SWEET SPLASH, sa collection épurée, architecturale, aquatique et lumineuse, au Printemps Été 2017.
 

 
Modèle
Éloïse Coppola
Valentine Mortreuil
Justine Treuillet
 
Makeup
Kim Ducreux
 
Photo
Jill Salinger