On ne devrait plus parler de diversité mais plutôt de représentation, car la représentation est fondamentale.
 
La diversité semble être optionnelle, un petit extra dont on peut se payer le luxe de temps en temps. La représentation est primordiale si nous voulons un monde social, économique, politique et humain juste. La représentation est fondamentale dans ce qu’on est en droit d’attendre de notre culture.
Lorsqu’on ne se sent pas représenté, des conflits naissent, des potentiels sont gâchés.
Il est tellement important, pour une personne qui n’est pas représentée, de se voir, de se reconnaître. D’être figuré par quelqu’un. Que ce soit en politique, dans une série TV, dans un cours d’histoire au collège, dans un magazine… C’est une preuve que vous comptez, que vous avez de la valeur. Si vous ne représentez pas quelqu’un, il n’existe pas. Dans les news, quand une femme se fait violer, on parle de la façon dont elle était habillée, l’heure à laquelle elle rentrait chez elle, si elle était accompagnée ou non, le numéro du RER qu’elle a emprunté… Autant de détails qui effacent la personne derrière un cas. Une cause à effet.
 
Comment comprendre les raisons du viol. Parce qu’il y a bien une raison, et celle-ci découle forcément de la victime. D’un autre côté, on annonce que la vie de l’homme qui a violé va être détruite, on s’interroge sur le nombre d’années qu’il passera en prison, quand et comment sera-t-il jugé. Autant de détails qui mettent en avant et questionnent la vie de ce criminel. Comment, dans la tête de milliers de jeunes hommes, peut-on percevoir ce criminel comme absolument mauvais ?
 
Sa vie va être ruinée, il ne pourra sûrement pas terminer ses études, il sera la honte de sa famille… Il devient petit à petit la victime. Tandis que la femme, violée, entre peu à peu dans l’anonymat. Non pas un anonymat de protection sociale, un anonymat d’identité, elle devient la cause du fait divers, dont le spectateur assiste passivement, dont on narre les tenants et aboutissements.
 
Où est la contre narrative ? Qui est là pour dire aux jeunes filles qu’elles comptent, qu’elles sont entendues, qu’il n’y a aucune excuse, raison, cause, décharge, justification, logique, fondement qui excuse le viol ? A l’école, on n’apprend rien sur les femmes dans l’histoire. Si on m’avait parlé du rôle des Suffragettes à l’école, peut-être que je me serais sentie plus vite représentée, peut-être que j’aurais connecté mon existence à l’histoire. En effaçant une partie de l’histoire, on efface une génération future, on efface les espoirs d’une place dans la société définie par nos actes, nos choix, qui ne sont pas bafoués par des limites construites dans un manque d’égalité.
 

 
J’ai lu récemment (Men explain things to me – Rebecca Solnit) un exemple très simple qui m’a marqué et qui illustre parfaitement le problème. Dans une grande université américaine, un viol a été commis, un étudiant masculin a violé une étudiante féminine. Le lendemain, afin de préserver les jeunes étudiantes, les directeurs de l’université ont demandé aux filles de rester dans leurs chambres à la nuit tombée. Prétexte de sécurité évoqué par manque de réelle mesure préventive. Les garçons, eux, pouvaient continuer leurs activités, aller boire une bière, aller réviser dans le dortoir d’un pote ou choisir, de leur propre volonté, de rester dans leur chambre pour regarder le dernier épisode de Narcos.
 
Encore une fois, les victimes d’un crime se retrouvent d’autant plus persécutées. Pourquoi ne pas avoir demandé aux jeunes hommes de rester enfermés dans leurs chambre ? La réponse, ironique, «ça ne serait pas juste de punir tous les garçons pour un qui a fauté… » Logique ! Par contre il est juste de punir toutes les filles pour… aucune d’elles n’ayant fauté.
 
Les femmes, où qu’elles se trouvent, doivent prendre conscience qu’être rabaissé n’est pas acceptable. Que cet avilissement n’est pas le résultat d’un échec mais plutôt les conséquences de cette bonne vieille guerre des genres qui dure depuis toujours.
 
Le droit de se montrer et de parler est fondamental à la survie, à la dignité et à la liberté. Je suis reconnaissante de pouvoir, malgré de nombreux incidents où j’ai été réduite au silence, faire entendre ma voix.
 
Texte: Claudia Bortolino
Illustration de Luna Picoli-Truffaut