Quand j’étais petite je voulais faire tous les métiers du monde ; astronaute, chef cuistot, soigneuse dans un zoo, éleveuse de chiens saucisses. Mais ça faisait beaucoup d’études, et beaucoup d’argent, et je n’aurais jamais eu le temps de tout faire. Alors j’ai choisi le métier qui me permettait de tout faire, d’être qui je voulais et de pouvoir changer tout le temps. Donc forcément je suis devenue comédienne.
 
Le problème, c’est que c’est toujours difficile d’exercer un métier où on nous « juge » sur ce que l’on est. Toi, ton corps, et tes Vans Buzz L’Éclair porte-bonheur que tu mets toujours pour aller en casting. C’est difficile de recevoir un mail où on te dit que tu es trop vieille pour le rôle, alors que tu es l’enfant caché de France Gall quand elle avait 8 ans et de Pollux (sans les poils). Et c’est d’autant plus difficile quand on est une jeune femme en construction, et qu’on n’aime pas ses grosses fesses.
 

 
Un jour sur un tournage, je me retrouve en culotte pour un plan sur mes cuisses, et le cadreur ne trouve rien de mieux à dire qu’il faut maquiller les cuisses, parce qu’on voit les vergetures, les tâches violettes, les veines. La maquilleuse arrive, avec ses bidules de maquilleuse pour cacher mes cuisses qui sont apparemment trop moches pour le monsieur qui tient la caméra. Je peux vous dire que c’est assez difficile d’aimer son métier dans des moments comme ça, c’est aussi assez difficile d’aimer son corps.
 
Alors que faire ? Première solution, accepter l’humiliation ultime de ne pas avoir un corps qui correspond aux normes cinématographiques et partir dans le porno (catégorie grosses fesses). Deuxième solution, correspondre aux normes, prendre un abonnement dans une salle de sport, manger des cotons imbibés d’eau, et se détester encore plus. Troisième solution, être qui je suis, lustrer mes grosses fesses et m’asseoir sur les gens qui ne les aiment pas.
J’ai choisi la troisième solution, même si je me suis perdue dans la deuxième pendant un moment.
 
Une fois, une fille avec des grosses fesses (comme quoi on n’est jamais seule) me dit que je lui faisais du bien, parce que mes grosses fesses sont jolies, et elles sont jolies parce que je les aime, et que ça lui donnait envie d’aimer les siennes aussi.
C’est toujours un combat difficile de devenir ce qu’on est, d’accepter de ne pas être quelqu’un d’autre. De devenir une grande fille, avec ses grosses fesses, et de continuer d’aller aux castings avec mes Vans Buzz l’Éclair porte-bonheur.
Texte: Camille Dochez